Câest lors dâun discours tenu le lundi 27 fĂ©vrier 2023 Ă lâElysĂ©e, pour prĂ©senter les orientations de sa politique africaine pour les annĂ©es Ă venir, quâEmmanuel Macron a critiquĂ© de façon acerbe la classe politique malienne. Sans porter des gants, il a sĂ©vĂšrement admonestĂ© la classe politique malienne, en affirmant quâelle a lamentablement Ă©chouĂ© Ă redresser son pays. Il se disculpe totalement en culpabilisant les acteurs politiques maliens, comme Ă©tant les seuls responsables de la chaotique situation dans laquelle baigne leur pays. En analysant sans complexe et sans passion ne faudrait-il pas diviser la poire en deux entre la France et les pays francophones en gĂ©nĂ©ral et entre les dirigeants français et ceux du Mali de 1968, Ă nos jours, en particulier ? Du Coup dâEtat de 1968 qui a portĂ© un des valets de la France au pouvoir, Ă savoir le Lieutenant Moussa TraorĂ©, bombardĂ©, 23 ans aprĂšs, gĂ©nĂ©ral dâarmĂ©e, Ă Ibrahim Boubacar Keita, en passant par Alpha Oumar KonarĂ©, Amadou Toumani TourĂ© et Dioncounda TraorĂ©, tous les rĂ©gimes qui se sont succĂ©dĂ©s au pouvoir au Mali ont Ă©tĂ© parrainĂ©s par la France au grĂ© de ses intĂ©rĂȘts. Ces PrĂ©sidents nâont jamais Ă©tĂ© soutenus par lâElysĂ©e sur la base de leur compĂ©tence ou de leur projet de sociĂ©tĂ©, encore moins pour leur vision pour le Mali, mais tout simplement parce quâils Ă©taient manipulables Ă souhait et capables de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de la France au dĂ©triment de ceux de leur peuple. Si ces rĂ©gimes ont tous Ă©chouĂ©, comme prĂ©tend Emmanuel Macron, ce ne serait ni plus ni moins que lâĂ©chec de la France aussi.
Emmanuel Macron aurait dĂ» faire le mea maxima Culpa de la France qui a Ă©chouĂ© Ă faire de ses anciennes colonies des pays Ă©mergents, en dĂ©pit de lâimmensitĂ© de leurs ressources. Il devrait reconnaitre la lourde responsabilitĂ© de la France dans la dĂ©sagrĂ©gation de la Libye de Mouammar Kadhafi, la principale cause de la chienlit provoquĂ©e par les groupes armĂ©s terroristes au sahel. Macron aurait dĂ» prĂ©senter ses excuses et celles des rĂ©gimes qui se sont succĂ©dĂ© au pouvoir en France pour avoir imposĂ© des prĂ©sidents qui nâont ni la qualitĂ© intellectuelle requise, ni la compĂ©tence, encore moins la vision et dont la seule qualitĂ© est de servir les intĂ©rĂȘts de la France. Emmanuel Macron devrait avoir de la mesure et de lâhonnĂȘtetĂ© intellectuelle de reconnaitre que la France, pour avoir soumis les 14 pays de la zone franc Ă une nouvelle colonisation, qui est celle de la monnaie, cet autre goulot dâĂ©tranglement, quâelle a empĂȘchĂ© les pays francophones de se dĂ©velopper. Sinon nul ne pourrait contester son affirmation selon laquelle la classe politique malienne a Ă©chouĂ© Ă redresser son pays. Son affirmation aurait Ă©tĂ© complĂšte si Macron avait assumĂ© que la France en est pour beaucoup dans cet Ă©chec.
En effet, le discours dâEmmanuel Macron, faudrait-il le rappeler, a Ă©tĂ© tenu Ă la veille de sa tournĂ©e africaine qui lui avait conduit au Gabon, au Congo, en RDC et en Angola. Cette tournĂ©e a Ă©tĂ© effectuĂ©e Ă un moment crucial des relations fortement mises en mal, entre la France et certaines de ses anciennes colonies, comme le Mali et le Burkina Faso. Elle sâeffectuait Ă©galement dans un contexte marquĂ© par la guerre en Ukraine avec ses consĂ©quences sur la gĂ©opolitique mondiale. La montĂ©e en puissance de la Russie en Afrique, la prĂ©sence trĂšs significative de la Chine et la percĂ©e fulgurante de la Turquie et de lâInde sont entre autres causes du voyage du PrĂ©sident français. Le discours de Macron mâa semblĂ© ĂȘtre un examen de conscience et une introspection qui vont permettre Ă la France de descendre de son piĂ©destal patrimonialiste et condescendant en redĂ©finissant les rĂšgles de sa future collaboration avec ses anciennes colonies. Ces nouvelles rĂšgles doivent essentiellement ĂȘtre basĂ©es sur un partenariat dâĂ©gal Ă Ă©gal et gagnant- gagnant.
Youssouf Sissoko
L’Alternance