Le Mali est un pays béni par la nature. Son territoire abrite une remarquable diversité d’arbres fruitiers qui, depuis des siècles, nourrissent les populations, soignent les maladies, protègent les sols et participent à l’équilibre de notre environnement. Pourtant, ce patrimoine naturel disparaît progressivement dans une indifférence inquiétante.
Face à l’inquiétante et progressive disparition du patrimoine naturel disparaît dans une incompréhensible indifférence, nous avons créé l’Association pour la protection et la valorisation des arbres fruitiers négligés ou oubliés du Mali (Arbres & Fruits du MALI). Notre ambition de préserver ces espèces, d’encourager leur replantation et de promouvoir leur consommation à travers l’innovation culinaire. Notre vision est simple : protéger nos arbres, c’est protéger notre alimentation, notre santé, notre économie et notre identité culturelle.
Partout au Mali, des arbres fruitiers disparaissent. Certains sont abattus pour la production de charbon de bois, d’autres pour faire place aux constructions ou parce qu’ils arrivent en fin de vie. Le problème n’est pas seulement leur disparition, mais surtout l’absence de replantation. Chaque arbre fruitier perdu représente une source de nourriture en moins, une perte pour la biodiversité et un héritage qui ne sera peut-être jamais transmis aux générations futures.
Certaines espèces sont également victimes de croyances populaires qui les présentent comme « malfaisantes » ou incompatibles avec les concessions familiales. Sans remettre en cause les traditions, il est indispensable de renforcer la sensibilisation afin que les populations puissent distinguer les croyances des réalités scientifiques et redécouvrir les nombreux bienfaits de ces arbres.

Pourquoi planter des arbres qui nourrissent ?
Au fil des années, le paysage malien a profondément changé. Dans de nombreuses villes et nouveaux quartiers, les arbres fruitiers ont progressivement laissé place à d’autres espèces, notamment le neem ou certains eucalyptus. Ces arbres présentent des qualités importantes : ils offrent de l’ombre, participent à la lutte contre l’érosion, améliorent le cadre de vie et certains possèdent des propriétés médicinales. Toutefois, dans un pays où la pauvreté, la malnutrition et l’insécurité alimentaire demeurent des défis majeurs, ils ne remplacent pas les arbres qui produisent des fruits destinés à l’alimentation.
Un baobab, un tamarinier, un néré, un jujubier, un raisinier africain, un zaban, un pommier du Sahel ou encore d’autres espèces locales constituent de véritables réserves alimentaires. Pendant plusieurs dizaines d’années, ils produisent gratuitement des fruits riches en vitamines, en fibres et en minéraux. Ils améliorent la nutrition des enfants, procurent des revenus aux familles et renforcent la résilience des communautés.
Dans les futurs programmes de reboisement, il ne s’agit pas d’opposer les arbres forestiers aux arbres fruitiers, mais de trouver un meilleur équilibre afin que la restauration des paysages contribue aussi à nourrir les populations. La souveraineté culinaire est le chemin vers la souveraineté alimentaire. Notre association est convaincue que la souveraineté alimentaire commence dans nos assiettes. Tant que nous continuerons à privilégier des produits importés au détriment de nos richesses locales, nous resterons dépendants des marchés extérieurs.
Nous devons redonner toute leur place aux fruits du terroir et encourager leur transformation grâce à l’innovation. Jus, sirops, glaces, confitures, farines, desserts, pâtisseries, boissons naturelles, sauces, épices ou produits de nutrition : nos arbres fruitiers offrent un potentiel économique considérable. Valoriser ces produits, c’est créer des emplois, soutenir les femmes transformatrices, renforcer les revenus des producteurs et offrir une alimentation plus saine aux consommateurs. Consommer ce que nous cultivons et cultiver ce que nous consommons doit devenir une priorité nationale.
Les concessions familiales : une solution souvent oubliée
Autrefois, les concessions familiales étaient de véritables vergers. Un baobab, un tamarinier, un néré ou un manguier faisaient naturellement partie de chaque cour. Les enfants grandissaient au pied de ces arbres qui procuraient de l’ombre, des fruits et parfois des remèdes traditionnels. Aujourd’hui, cette réalité évolue rapidement. L’urbanisation, la pression foncière et l’augmentation du prix des terrains ont considérablement réduit la taille des parcelles. Les nouvelles concessions sont plus petites et chaque mètre carré est consacré à la construction. Beaucoup de familles renoncent alors à planter des arbres, faute d’espace.
Cette évolution mérite toute l’attention des pouvoirs publics. Les politiques d’aménagement urbain devraient intégrer davantage d’espaces réservés aux arbres fruitiers, dans les concessions lorsque cela est possible, mais aussi dans les écoles, les centres de santé, les administrations, les places publiques et les nouveaux lotissements. Chaque année, des campagnes nationales de reboisement mobilisent des moyens humains et financiers importants. Ces initiatives sont essentielles, mais leur efficacité est parfois limitée lorsque les plantations ne bénéficient pas d’un suivi suffisant ou lorsque les communautés ne se les approprient pas.
Notre association propose une approche complémentaire. Plutôt que de compter uniquement sur des plantations collectives, pourquoi ne pas faire des familles les premières actrices du reboisement national ? Un arbre planté dans une concession est généralement protégé, arrosé et entretenu par ses propriétaires, car il représente une richesse pour toute la famille.
Imaginons que des centaines de milliers de ménages maliens plantent chacun un ou deux arbres fruitiers. Ce serait des centaines de milliers d’arbres entretenus quotidiennement, sans coûts importants de surveillance pour l’État. À l’échelle nationale, ces concessions formeraient une immense forêt nourricière, répartie dans toutes les communes du pays. Cette approche serait à la fois moins coûteuse, plus durable et plus efficace que des campagnes ponctuelles dont une partie des plants disparaît faute de suivi. Une maison qui plante un arbre fruitier participe à la construction d’une forêt entretenue et protégée.
Sensibiliser pour changer les mentalités
La protection des arbres fruitiers passe avant tout par l’information. Notre association appelle les médias, les leaders religieux et traditionnels, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers à mener de vastes campagnes de sensibilisation sur l’importance des arbres fruitiers. Nous devons expliquer leur rôle dans la nutrition, la santé, l’économie familiale, la protection de l’environnement et la lutte contre les effets du changement climatique. Il est également indispensable de combattre les idées reçues qui découragent encore la plantation de certaines espèces.
La protection de notre patrimoine végétal commence dès l’enfance. Nous plaidons pour l’introduction du jardinage, de l’arboriculture et de l’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires. Chaque école devrait disposer d’un jardin pédagogique où les élèves apprennent à semer, planter, greffer, entretenir et protéger les arbres fruitiers. Ces jardins permettraient également d’enseigner la nutrition, la biodiversité, le respect de la nature et la valeur du travail agricole. Former un enfant à planter un arbre, c’est préparer une génération capable de nourrir durablement son pays.
L’Association pour la protection et la valorisation des arbres fruitiers négligés ou oubliés du Mali recommande l’élaboration d’une stratégie nationale de sauvegarde des arbres fruitiers locaux ; l’intégration d’une forte proportion d’espèces fruitières dans toutes les campagnes de reboisement ; la création d’un programme national « Une maison, un arbre fruitier » ; le développement de vergers communautaires dans les communes ; l’introduction du jardinage et de l’arboriculture dans les écoles ; la création de pépinières spécialisées dans les espèces fruitières locales ; le soutien aux femmes et aux jeunes pour la transformation et la commercialisation des fruits ; des campagnes de sensibilisation contre les croyances qui empêchent la plantation de certaines espèces ; le financement de la recherche sur les arbres fruitiers négligés ou oubliés du Mali.
C’est un appel à l’action ! Le Mali ne pourra construire une véritable souveraineté alimentaire sans préserver son patrimoine fruitier. Les arbres fruitiers ne sont pas seulement des arbres : ils sont des sources de nourriture, de santé, d’emplois, de biodiversité et d’espoir. Ils constituent un héritage que nous avons le devoir de transmettre. En protégeant nos arbres fruitiers, nous protégeons également notre identité, notre culture et notre avenir.
Notre ambition est claire : faire de chaque concession, de chaque école, de chaque village et de chaque commune un espace où les arbres fruitiers retrouvent leur place. Parce qu’une maison qui plante un arbre fruitier contribue à bâtir une forêt nourricière. Parce qu’un million de maisons qui plantent chacune un arbre fruitier peuvent transformer durablement le Mali. Planter aujourd’hui, c’est nourrir demain !
Mme Rokiatou Diakité dite Rose
Présidente de « Arbres et Fruits du MALI »
Le Matin



