Brûlées, pillées ou désertées par peur des représailles, au centre et au nord du Mali, les écoles paient un tribut de sang à la crise sécuritaire à laquelle le Mali, voire le Sahel, est confronté depuis 2012. Derrière la tragédie des chiffres (en moyenne 733 000 élèves privés de rentrée), se joue une crise humanitaire silencieuse où la dignité et la protection des mineurs sont directement menacées. Entre avancées législatives et traumatismes du terrain, retour sur le plus grand défi de la Transition : ramener la paix et l’espoir sur les bancs de l’école !
« L’éducation ne se limite pas à la salle de classe. C’est une question de protection, de dignité et d’espoir » ! Cette pensée résonne avec une gravité toute particulière au Mali. À l’occasion de la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques (célébrée chaque année le 9 septembre), le pays se trouve à la croisée des chemins. Alors que la rentrée scolaire s’est ouverte sous le sceau de « l’Année de l’éducation et de la culture » décrétée par le président de la Transition, la réalité du terrain rappelle que le droit d’apprendre reste un combat quotidien.
Dans le centre et le nord du Mali, l’école n’est plus toujours ce sanctuaire inviolable. Selon les données du mécanisme humanitaire « Cluster Éducation Mali », pour la rentrée 2026-2027, près de 2 444 écoles sont non fonctionnelles à travers le pays en raison de l’insécurité. Cette crise prive directement plus de 733 000 enfants de leur droit fondamental à l’instruction.
Les causes de cette fracture éducative sont multiples et dramatiques. Elles sont, entre autres, liées aux incendies et pillages d’établissements par des groupes armés ; aux menaces directes envers le personnel enseignant, poussant beaucoup d’entre eux à abandonner leur poste par peur pour leur vie ; à l’utilisation de structures scolaires pour accueillir les vagues de familles déplacées par l’insécurité… Dans la région de Kidal, le taux de fermeture atteindrait le chiffre alarmant de 84 %, tandis que les régions de Ménaka, Gao, Bandiagara et Douentza subissent de plein fouet cette paralysie.
La voix du terrain, face à des vies bouleversées
Derrière ces chiffres froids se cachent des destins brisés et des courages immenses. À l’image d’Amadou, 42 ans, enseignait dans la région de Mopti avant que son école ne soit contrainte de fermer ses portes à cause du harcèlement des groupes armés. « Quand ils sont arrivés, ils nous ont fait comprendre que nos livres n’avaient plus leur place ici. Partir a été la décision la plus déchirante de ma vie. Un enseignant sans élèves n’est plus tout à fait un enseignant. Mais ce qui me fait le plus mal, c’est de savoir ce que deviennent ces enfants sans la barrière protectrice de l’école. L’école les protégeait de la rue, de l’enrôlement, du désespoir. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes », confie-t-il, les yeux brouillés par l’émotion.
Pour les élèves, l’absence de classe signifie la perte d’un repère vital. Mariam (13 ans) a dû fuir son village avec sa famille pour se réfugier dans un camp de déplacés près de Sévaré. « L’école me manque tous les jours. Ce n’était pas seulement pour apprendre à lire ou à compter. En classe, je me sentais en sécurité, je voyais mes amies, on riait, on avait des projets. Ici, dans le camp, le temps est long et j’ai peur de l’avenir. Aller à l’école, c’était ma dignité. Sans elle, j’ai l’impression qu’on nous a volé notre espoir, notre avenir », murmure la jeune fille, serrant contre elle un vieux cahier corné.
Le défi de transformer l’espoir en sanctuaires durables
Malgré ce tableau sombre, le Mali n’abandonne pas sa jeunesse. Des avancées significatives prouvent la résilience du système. Ainsi, à l’aube du 10ᵉ anniversaire de la « Déclaration sur les Écoles Sécurisées », les acteurs locaux s’activent pour finaliser un projet de loi national sur la protection des écoles et des universités en période de conflit armé. Au cours de la période liée à la rentrée scolaire 2026-2027, 151 189 enfants maliens ont bénéficié de kits scolaires et de matériel pédagogique grâce aux efforts conjoints du gouvernement et de ses partenaires comme l’Unicef, les associations Solidaris223, « La Vie en Rose »… Plus de 2 562 enseignants ont été formés pour faire face aux situations d’urgence, et des centaines de salles de classe ont été réhabilitées (Cluster Éducation Mali, 2024, UNICEF Mali, 2024).
N’empêche que le chemin vers une éducation totalement sécurisée reste semé d’embûches. Le principal défi consiste à briser le cercle de la déscolarisation, qui expose les mineurs au travail forcé, aux mariages précoces et au recrutement forcé. Il s’agit également de redonner confiance aux enseignants pour qu’ils regagnent les zones de conflit, et de mobiliser un soutien financier international accru au sein d’une région sahélienne confrontée à l’une des crises éducatives les plus sévères au monde.
Selon de nombreux observateurs, protéger l’éducation au Mali, ce n’est pas seulement reconstruire des murs ou distribuer des manuels. C’est préserver la dignité humaine et offrir à toute une génération le seul outil capable de dessiner un avenir de paix (Fondation Droit à l’éducation). Aujourd’hui plus que jamais, le monde doit se tenir aux côtés des enfants et des enseignants maliens.
Il faut rappeler que la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques est célébrée chaque année le 9 septembre. Elle a été commémorée cette année autour du thème : « L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? La résilience des communautés humaines » ! Instaurée en mai 2020 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle vise à défendre le droit à l’éducation dans les zones de conflit armé. Elle est basée sur le principe que les écoles, les universités, les élèves et les enseignants doivent toujours être préservés et rester des havres de paix, conformément au droit international humanitaire. Selon les Nations unies, particulièrement l’UNESCO, plus de 8 500 attaques contre des établissements scolaires, des élèves et du personnel ont été signalées au cours des dernières années, avec une hausse marquée recensée en 2025.
Moussa Bolly
Le Matin





