La semaine dernière, le gouvernement malien a sacrifié au devoir de redevabilité en organisant des sessions de présentation du bilan des cinq années de gouvernance du président de Transition, Général d’armée Assimi Goïta. Des ministres étaient ainsi face aux forces vives pour présenter et défendre le bilan dans leurs secteurs respectifs, se soumettre à leurs questions et à leurs critiques, enregistrer leurs préoccupations et leurs suggestions. Des réalisations ont été égrenées et des chiffres avancés… Certains (chiffres) ont fait grincer les dents, suscitant le débat sur les réseaux sociaux, souvent sur fond d’ironie. N’empêche que ce bilan est aussi apprécié à « sa juste valeur » par des experts et des partenaires conscients des efforts consentis pour résister à la guerre asymétrique imposée au pays pour le déstabiliser.
Des membres du gouvernement étaient face aux forces vives du pays la semaine dernière pour présenter et défendre les réalisations faites dans leurs domaines respectifs durant les cinq années de gouvernance du président de la Transition, Général d’armée Assimi Goïta. Un bilan apprécié ou ironisé, le plus souvent selon les humeurs des uns et des autres. Et pourtant, tout en disant qu’ils comprennent la réaction des uns et des autres, des experts et des partenaires disent être aussi conscients des efforts consentis par le gouvernement pour que le pays ne s’effondre pas.
« Les coupures de courant sont récurrentes, les longues files devant les stations persistent et le taux d’inflation ne cesse de croître, entraînant une hausse croissante des prix au grand dam des consommateurs maliens. Sans compter que la rupture avec des partenaires comme la Minusma, Barkhane, des ONG, la France… a entraîné beaucoup de jeunes et des pères dans le chaos social du chômage. Face à de telles réalités, on peut comprendre certaines réactions », souligne un économiste.
« Ces chiffres avancés et les réalisations énumérées peuvent aussi paraître démagogiques à ceux qui savent que nos cadres ne brillent pas généralement par leur rigueur et leur conscience professionnelles. Les erreurs commises dans le recensement physique des fonctionnaires et dans la proclamation d’un concours d’entrée dans la Fonction publique apportent sans doute l’eau à leur moulin. Mais, cela ne doit pas non plus pousser à minimiser les efforts consentis pour relever le pays », poursuit-il.
« Certains critiquent le bilan ou ironisent sur les chiffres avancés juste parce qu’ils ne trouvent pas leurs comptes dans la gouvernance actuelle du pays », ajoute-t-il. « Mais, ces réactions ne prennent pas en compte une donne essentielle : l’effort de guerre », indique-t-il. Sans compter que la rupture avec des ONG, avec des pays, l’ONU et de nombreux bailleurs étrangers se fait sentir sur la concrétisation des projets de développement, notamment au niveau de l’Education, de la Santé et des Infrastructures.
Une ambition mise en berne en faveur de la montée en puissance des FAMa
En prenant la direction du pays le 7 juin 2021, devenant du coup le chef suprême des Armées, le président Assimi Goïta a fait de la sécurité une priorité absolue. Ce qui se comprend aisément car sans la stabilité, il n’y a point de développement. On comprend alors qu’il attache une importance capitale au rétablissement de l’intégrité du territoire national et au déploiement de l’administration publique partout où c’est nécessaire. Aujourd’hui, il est difficile de contester la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa). En 2021, quand Assimi prenait les rênes du pays, « les FAMA étaient épuisées, sous-équipées, mal formées, moralement atteintes par des années de défaites successives sur fond de déliquescence de la chaîne de commandement. En 2026, force est de constater que le tableau a radicalement changé », constate un partenaire étranger. La réalité du terrain démontre que l’alliance avec de nouveaux partenaires (Russie, Chine, Turquie, Iran…), aux dépens d’anciens alliés comme la France, a contribué à « un rééquipement conséquent et accéléré » des FAMa, avec notamment « un fort impact sur les vecteurs aériens ». Autrefois occupés, les 2/3 du pays ont été recouvrés grâce à la montée en puissance des FAMa…
Mais tout cela a un coût ! L’addition est même salée, même si les autorités ne communiquent pas sur le coût des équipements, les conditions de leur acquisition. Selon des sources concordantes, les dépenses militaires du Mali ont connu une hausse significative entre 2024 et 2025, passant de 641,02 milliards de FCFA (environ 933 millions USD) à plus de 952 millions USD en 2025. Cet effort budgétaire a été consolidé par une loi de finances rectificative allouant 80,7 milliards de FCFA au département de la Défense nationale.
La société Énergie du Mali (EDM-SA) consomme quotidiennement un peu plus d’un million de litres de carburant (fuel et gasoil) pour faire tourner ses turbines. Cela représente une dépense financière qui dépasse le milliard de FCFA par jour, engendrant un important déficit pour la compagnie. Visiblement, beaucoup de Maliens savent cela puisque ce sont des chiffres qui sont fréquemment avancés dans les débats sur les réseaux sociaux. Mais peu de gens se demandent combien nous coûte la lutte contre le terrorisme toutes ces années ? Combien coûte au Trésor public la montée en puissance des FAMa ? Les vecteurs aériens ont été déterminants pour inverser la situation au front en faveur de nos Forces de défense et de sécurité (FDS). Combien cela nous coûte en termes de carburants et d’équipement de pointe ?
Nous devons tous prendre conscience que la lutte contre les terrorismes et les autres menaces géostratégiques ou géopolitiques à un coût et que cela impacte les prévisions budgétaires du pays, constituant un sérieux obstacle à la volonté d’investir dans le développement du pays. Ces dernières années, notre pays fait face au défi de conjuguer la montée en puissance de nos FDS avec la ferme volonté de relancer des investissements publics pour préserver le bien-être des populations dans un environnement débarrassé des fléaux comme la corruption et la délinquance financière. Aujourd’hui, de nombreux experts reconnaissent que la lutte contre le terrorisme impacte profondément le développement du pays, créant « un arbitrage budgétaire strict entre les dépenses de défense et les investissements sociaux ». Si les opérations militaires et la création de la Confédération Alliance des États du Sahel (AES) visent à « stabiliser le territoire », cette situation engendre des conséquences ambivalentes sur l’économie, les infrastructures et le tissu social.
Face à la persistance des nouvelles menaces sécuritaires comme le terrorisme, l’État malien consacre une part majeure de son budget à la sécurité nationale et au maintien des efforts de défense. Pour 2026, les recettes budgétaires prévues s’établissent à 3 057 milliards FCFA, nécessitant « une gestion stricte ». En dehors du coût humain et matériel, les conséquences socioéconomiques du terrorisme ne favorisent pas l’investissement dans le développement pour le bien-être des populations. Les attaques récurrentes sur les grands axes routiers perturbent par exemple les circuits d’approvisionnement et l’acheminement des biens essentiels, provoquant parfois des pénuries à Bamako et un peu partout dans le pays. Cette pression sur la circulation entrave le commerce local et les échanges régionaux.
Des perspectives exhortant à l’optimisme
Le mérite du gouvernement, c’est de continuer à faire face à cette guerre asymétrique et de réaliser des performances dans divers secteurs stratégiques. Après 5 ans de gouvernance sous la transition du Général Assimi Goïta, l’économie malienne a démontré une étonnante et remarquable résilience avec une croissance se maintenant au-dessus de la barre de 4,7 % à 5,6 %. Et cela malgré les écueils qui ont surgi pour contrarier la « forte volonté de souveraineté » exprimée par les autorités du pays à travers des réformes structurelles.
En tout cas les indicateurs économiques exhortent à l’optimisme quant à l’avenir du pays à l’issue de la transition. Le taux de croissance du PIB réel s’est solidifié, oscillant autour de 5 %. Le PIB par habitant est passé d’environ 546 069 FCFA (953 dollars) en 2020 à près de 626 862 FCFA (1094 dollars) récemment. Et cela parce que le gouvernement a entrepris des réformes courageuses, voire audacieuses, afin que le pays puisse réellement bénéficier de l’exploitation de ses richesses.
Ainsi, l’audit du secteur minier en 2023 a révélé de nombreuses irrégularités dans l’attribution et le transfert des permis. Des situations opaques érigées en règles permettant à certaines compagnies de contourner les obligations fiscales et environnementales de l’État. La mise à jour et la numérisation du cadastre minier permettent désormais une traçabilité accrue des titres miniers, de la phase de recherche à la phase d’exploitation, réduisant les marges d’opacité qui avaient coûté à l’État malien entre 300 et 600 milliards de FCFA d’irrégularités, selon les cabinets Inventus et Mazars…
Malgré le contexte de conjoncture générale et les immenses sacrifices consentis pour enrayer la menace terroriste, le Mali poursuit le remboursement de ses dettes, notamment la dette intérieure. Ainsi, en un an, plus de 1 587 milliards de FCFA de dette intérieure ont été épongés. Cette mesure a permis de réduire les instances de paiement de 503,4 milliards fin 2024 à 231,5 milliards, et aussi de maintenir les indicateurs économiques conformes aux normes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette initiative illustre la volonté de soutenir fermement l’économie nationale et la poursuite des efforts de l’État en matière d’assainissement des finances publiques. Des experts et des partenaires lient nos performances économiques à l’expertise, à la dextérité et surtout à la rigueur de M. Alousséni Sanou, ministre de l’Economie et des Finances.
« Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes », ont ironisé certains en commentant le bilan dans les différents secteurs. Nous sommes convaincu que ce n’est pas la prétention du gouvernement. De nos échanges avec des cadres de certains départements, nous avons compris qu’ils sont conscients que des actes concrets ont été posés, mais que des défis demeurent et qu’il faut les relever pour que la fantastique résilience des Maliens ne soit pas vaine, qu’elle accouche de leur bien-être, de l’émergence socioéconomique, culturelle du pays.
Au sommet de l’État, on est certainement conscient que le chantier de la refondation et de la souveraineté est loin d’être achevé. Et le parachever au bonheur des Maliens suppose que chaque citoyenne, chaque citoyen accepte le choix des décideurs sur la gouvernance du pays. Les fondations du Mali Kura émergent du sol. Persévérons dans l’effort, dans la résilience. Travaillons donc, prenons de la peine en refusant que ce soit le fond qui nous manque !
Hamady Tamba



