AccueilEducationL’école face au défi de la santé et de la performance : Quand...

L’école face au défi de la santé et de la performance : Quand la sécurité sanitaire des aliments s’invite dans les classes

En érigeant la santé nutritionnelle en leçon modèle de la rentrée scolaire 2026-2027, effective au Mali depuis le 1ᵉʳ octobre 2026, les autorités de la Transition lient désormais l’assiette à la performance des élèves. Mais derrière les six milliards de francs CFA mobilisés pour les cantines, le système éducatif doit naviguer entre précarité des infrastructures et crise sécuritaire. Décryptage d’une année charnière.

« La sécurité sanitaire des aliments en milieu scolaire » ! Tel était le thème de la leçon modèle de la rentrée scolaire 2026-2027 effective au Mali depuis le 1ᵉʳ octobre 2026. Le ton a été donné au groupe scolaire Mamadou Diarra de Médina-Coura à Bamako par le ministre de l’Éducation nationale, Dr Amadou Sy Savané. Le choix de la leçon modèle pose le décor d’une année charnière. Entre opportunités sanitaires, préservation des acquis pédagogiques et impératifs sécuritaires, l’école malienne joue son va-tout pour réussir sa refondation.

L’introduction de la sécurité sanitaire des aliments comme thème central de la rentrée ne relève pas du hasard. Les implications réelles de cette thématique touchent directement au lien intrinsèque entre nutrition, santé et performances cognitives. « Qui mange sain est assuré d’être en bonne santé. Et quand on est en bonne santé, on suit mieux les cours », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale.

Sur le plan médical, une alimentation saine en milieu scolaire permet de prévenir les épidémies d’intoxications alimentaires, les maladies diarrhéiques et les parasitoses qui déciment régulièrement les taux d’assiduité. Sur le plan pédagogique, la mise en place de mesures strictes concernant les gestes d’hygiène corporelle, la manipulation des produits et la surveillance des étals aux abords des établissements est un levier majeur pour stabiliser la présence des enfants en classe. L’alimentation scolaire est désormais officiellement érigée au rang de stratégie de maintien des élèves à l’école.

Un chapelet de défis sanitaires à relever

Au-delà de la thématique de la santé, le succès global de l’année scolaire 2026-2027 se heurte à des obstacles structurels persistants. Le principal défi demeure la situation sécuritaire : plus de 2 400 écoles restent fermées à travers le pays en raison des menaces terroristes, privant plus de 730 000 enfants de leur droit à l’instruction. Le gouvernement doit œuvrer à la réouverture progressive de ces classes ou au déploiement d’alternatives d’urgence (écoles de déplacés, cours radio). Par ailleurs, la réhabilitation des établissements dégradés par les récentes intempéries et le manque chronique de manuels scolaires dans les académies de l’intérieur demeurent des chantiers urgents pour garantir l’équité des chances.

Malgré la pertinence du thème, la réalité du terrain impose d’immenses défis logistiques et structurels. À commencer par la précarité des infrastructures d’eau et d’assainissement. En effet, de nombreuses écoles à l’intérieur du pays manquent cruellement de points d’eau potable et de latrines fonctionnelles, rendant difficile l’application rigoureuse du lavage des mains exigé par la leçon modèle.

Le contrôle du secteur informel est un autre challenge. Le suivi des vendeuses ambulantes et des gargotes de fortune gravitant autour des cours de récréation constitue encore un casse-tête pour les administrations scolaires. Malgré des efforts consentis ici et là, la vente de produits mal conservés ou exposés à la poussière reste fréquente. Le financement des cantines scolaires est aussi une équation qui n’est pas toujours résolue de façon satisfaisante. En effet, bien que l’État injecte d’importantes ressources, le besoin croissant en approvisionnement de qualité dépasse souvent les budgets disponibles dans les zones rurales isolées.

En dehors de la maîtrise de la sécurité des aliments, la réussite de cette nouvelle rentrée nécessite de capitaliser sur les victoires de l’année scolaire écoulée. L’année 2025-2026 a été marquée par une stabilité relative du calendrier des examens nationaux (DEF et baccalauréat), qui ont pu se tenir conformément aux prévisions initiales. L’apaisement du climat social et la réduction des grèves d’enseignants ont offert aux élèves un volume horaire d’apprentissage satisfaisant. Sans compter les initiatives de modernisation des infrastructures et la poursuite de l’assainissement du fichier des agents de l’État (via le SIGRH) qui ont permis de rationaliser la gestion du corps enseignant. Ces avancées en matière de gouvernance doivent impérativement être sanctuarisées.

Une responsabilité partagée

Pour traduire les ambitions en résultats concrets, chaque composante de la communauté éducative doit assumer ses responsabilités. L’État doit par exemple assurer le financement public des cantines scolaires (estimé à près de six milliards de francs CFA pour cette année) et veiller à la sécurisation physique des sanctuaires éducatifs. Quant aux directeurs d’écoles et aux comités de gestion (CGS), ils ont le devoir de faire respecter la charte d’hygiène alimentaire au sein des établissements et de surveiller la qualité des repas servis. Il est aussi souhaitable que les syndicats d’enseignants garantissent le respect du calendrier scolaire en maintenant une trêve sociale et en privilégiant le dialogue républicain.

Le rôle des parents d’élèves n’est pas des moindres. Ils doivent éduquer les enfants aux bonnes pratiques d’hygiène dès la maison et s’impliquer activement dans la gestion des cantines communautaires. En appuyant logistiquement les programmes de nutrition et en investissant dans les forages scolaires, les Partenaires techniques et financiers (PTF) demeurent le bras séculier de l’État dans les zones vulnérables.

En décrétant 2026-2027 comme l’année de « l’éducation et de la culture », les plus hautes autorités de la Transition ont affiché une volonté claire. Reste désormais à transformer l’essai de cette rentrée hygiéniste en une année de pleine réussite académique.

Moussa Bolly

Le Matin

ARTICLES LIÉS

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Publicité -spot_img
- Publicité -spot_img
- Publicité -spot_img

Les plus polaires