{"id":9545,"date":"2022-11-01T11:25:21","date_gmt":"2022-11-01T10:25:21","guid":{"rendered":"https:\/\/nandi.info\/?p=9545"},"modified":"2022-11-01T11:25:21","modified_gmt":"2022-11-01T10:25:21","slug":"regard-sur-la-place-du-bambara-dans-le-paysage-linguistique-malien-a-vocation-officielle-ou-vehiculaire-que-sais-je","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nandi.info\/?p=9545","title":{"rendered":"Regard sur la place du Bambara dans le paysage linguistique malien : A vocation officielle ou v\u00e9hiculaire, que sais-je ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><u>1- L\u2019aire d\u2019expansion du Bambara<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le bambara v\u00e9hiculaire du Mali est une langue appartenant au groupe des langues mandingues, comprenant principalement, outre le bambara, le dioula en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Burkina Faso, le mandingo au S\u00e9n\u00e9gal et en Gambie ou le marina en Guin\u00e9e. Ces diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s linguistiques pr\u00e9sentent ce que les sp\u00e9cialistes appellent \u00ab un continuum linguistique \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que m\u00eames les variantes les plus \u00e9loign\u00e9es restent mutuellement intelligibles et qu\u2019il n\u2019y a pas de limites g\u00e9ographiques claires entre chaque dialecte identifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, le bambara est une langue tr\u00e8s utilis\u00e9e comme langue v\u00e9hiculaire et commerciale en Afrique de l\u2019Ouest avec ses diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s pr\u00e9cit\u00e9es. Il est \u00e9galement parl\u00e9 en Europe, notamment en France o\u00f9 vivent de nombreux \u00e9migr\u00e9s maliens et o\u00f9 il est enseign\u00e9 \u00e0 L\u2019INALCO et \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Delafosse ne remarquait-il pas que, depuis 1929, le mandingue dont le bambara est l\u2019une des variantes imm\u00e9diates, \u00e9tait devenu la langue de la communication de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pour des raisons d\u2019ordre historique, politique, \u00e9conomique, administratif et militaire, la langue mandingue est arriv\u00e9e \u00e0 occuper, parmi les multiples idiomes de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, une situation notoirement pr\u00e9pond\u00e9rante, d\u2019autant plus solide qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tablir d\u00e8s le moyen-\u00e2ge et qu\u2019elle ne cesse de se d\u00e9velopper et de s\u2019affermir de nos jours \u00bb&nbsp;<strong>(INALCO, 1929, p. 19).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette langue propre autrefois \u00e0 l\u2019ethnie bambara, s\u2019est impos\u00e9e comme langue v\u00e9hiculaire du pays depuis le XVII\u00e8me, XVIII\u00e8me si\u00e8cle, sous l\u2019apog\u00e9e des royaumes bambara de S\u00e9gou, de Kaarta et de Wassoulou (villes du centre et du sud du Mali). Utilis\u00e9e comme langue de l\u2019administration royale et principale langue commerciale, le prestige social d\u2019un individu \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 sa compr\u00e9hension. Ainsi elle s\u2019est r\u00e9pandue en dehors de son aire ethnique (centre-Sud), dans un premier temps, et a d\u00e9pass\u00e9 aujourd\u2019hui son aire g\u00e9ographique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que le Mali compte une vingtaine de langues dont treize l\u00e9gitim\u00e9es par la politique linguistique du pays, toutes les villes maliennes sont aujourd\u2019hui bambaraphones. M\u00eame les rares villages rest\u00e9s linguistiquement homog\u00e8nes sont en passe de devenir bilingues aujourd\u2019hui, le bambara devenant une deuxi\u00e8me langue pour eux, gr\u00e2ce au ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current de l\u2019exode rural. Les jeunes ruraux cherchent \u00e0 s\u2019approprier cette langue, condition sine qua non, ou sorte de feuille de route pour s\u2019exiler vers les centres urbains.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au fran\u00e7ais, il est pr\u00e9sent au Mali depuis 1886, date d\u2019ouverture de la premi\u00e8re \u00e9cole soudanaise \u00e0 Kayes sous le titre caract\u00e9ristique d\u2019Ecole des Otages. Jusqu\u2019\u00e0 nos jours, il est utilis\u00e9 non seulement comme objet d\u2019enseignement, mais aussi comme medium d\u2019enseignement, c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est une langue pour enseigner les autres disciplines.<\/p>\n\n\n\n<p>Langue \u00ab R\u00e9pandu(e) depuis le Maroc jusqu\u2019aux Seychelles et au-del\u00e0, en passant par toute l\u2019Afrique occidentale et centrale \u00bb (P\u00e9dagogie pratique pour l\u2019Afrique, Enseignement du Fran\u00e7ais, p. 19.), sa collocation avec le bambara a donn\u00e9 au cours du si\u00e8cle une situation linguistique ou sociolinguistique vari\u00e9e qui a suscit\u00e9 certes de nombreuses r\u00e9flexions, mais loin d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>&nbsp;2-Le d\u00e9part d\u2019un bilinguisme institutionnel et formel<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Mali \u00e0 son accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, comme beaucoup d\u2019Etats africains, a \u00e9labor\u00e9 une politique linguistique en deux volets. Le premier va concerner l\u2019adoption de la langue du colonisateur au statut de \u00ab langue d\u2019expression officielle \u00bb. Cette politique des langues au Mali est \u00e9mise depuis 1960 et reprise dans la constitution de 1992 en son article 25. Le second volet concerne les langues dites nationales et leur promotion dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Article 25<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Le fran\u00e7ais est la langue d\u2019expression officielle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) La loi fixe les modalit\u00e9s de promotion et d\u2019officialisation des langues nationales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc attendre le d\u00e9cret 159 PG-RM du 19 juillet 1982 pour voir une realpolitik qui liste et d\u00e9finit les langues nationales. On entend par langue nationale une langue endog\u00e8ne qui a re\u00e7u un statut, qui assume certaines fonctions (dans les m\u00e9dias et dans l\u2019\u00e9ducation primaire) et qui est l\u00e9gif\u00e9r\u00e9e par le d\u00e9cret ci-dessus. Les langues nationales ont toutes \u00e9t\u00e9 dot\u00e9es d\u2019un alphabet et de r\u00e8gles d\u2019orthographe, et pour la plupart d\u2019entre elles, il existe aussi un lexique et une grammaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Mali est l\u2019un des rares pays francophones de l\u2019Afrique subsaharienne qui ait donn\u00e9 un statut l\u00e9gal \u00e0 l\u2019\u00e9ducation bilingue. Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, les autorit\u00e9s souhaitent revaloriser et d\u00e9velopper les langues nationales afin de les introduire dans le syst\u00e8me scolaire, et aujourd\u2019hui, treize de ces langues servent en tant que langues d\u2019instruction \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fran\u00e7ais pour 21,1% des \u00e9l\u00e8ves dans l\u2019\u00e9ducation primaire (Skattum 2010: 252).<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les langues nationales, aucune n\u2019est favoris\u00e9e au profit d\u2019une autre. Ainsi, parmi les multiples possibilit\u00e9s qui s\u2019ouvraient au Mali pour ce qui concerne le choix des langues, le pays a d\u00e9cid\u00e9 de placer le fran\u00e7ais plus haut comme langue officielle, langue d\u2019Etat. On se rend compte qu\u2019il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du m\u00eame statut au S\u00e9n\u00e9gal quand on analyse cet extrait du discours de L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 nous avons d\u00e9cid\u00e9 de choisir le fran\u00e7ais comme langue officielle, de travail et de communication internationale, tandis que nos six langues principales : wolof, s\u00e9r\u00e8re, peul, dioula, malink\u00e9 et sonink\u00e9 seraient promues au rang de langues nationales parce que d\u2019expression de nos valeurs nationales : n\u00e9gro-africaines \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019apprentissage du bambara accompagne ou pr\u00e9c\u00e8de l\u2019acquisition de la langue officielle. Alors, pourquoi le bambara n\u2019est-il pas reconnu comme langue officielle ? C\u2019est la question que tout le monde peut se poser. Ce qui est quand-m\u00eame observable est qu\u2019au Mali, il existe 13 langues nationales qui ont chacune des repr\u00e9sentations ethniques et g\u00e9ographiques. Laquelle fallait-il promouvoir au d\u00e9triment des autres ? Ou faudrait-il les enseigner toutes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A ces questionnements didactiques, bon nombre d\u2019acteurs de l\u2019\u00e9cole \u00e9voquent la crainte de voir un conflit inter-ethnique si une langue nationale est promue au-dessus des autres. D\u2019autres parlent des difficult\u00e9s d\u2019ordre p\u00e9dagogique (confection du mat\u00e9riel p\u00e9dagogique, formation des enseignants, etc.). A cela s\u2019ajoutent d\u2019autres langues telles que l\u2019anglais, l\u2019arabe ou l\u2019allemand qui font leur entr\u00e9e dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, soit de mani\u00e8re graduelle et obligatoire (c\u2019est le cas de l\u2019anglais) soit facultativement (l\u2019arabe, l\u2019allemand, le russe\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre faudrait-il retenir avec Richard Marcoux que pour la vaste majorit\u00e9 des pays d\u2019Afrique subsaharienne de la Francophonie, compte tenu \u00ab des mosa\u00efques linguistiques qui les caract\u00e9risent, c\u2019est la langue fran\u00e7aise qui a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e \u2013 ou qui s\u2019est impos\u00e9e \u2013 dans l\u2019enseignement formel et dans une bonne partie de l\u2019espace m\u00e9diatique, notamment dans les m\u00e9dias \u00e9crits \u00bb (conf\u00e8re http:\/\/www.forumfrancophonie2012.org\/blogue\/2012\/03\/en-2050-la-langue-francaise-sera-africaine )<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, bien que le fran\u00e7ais soit consid\u00e9r\u00e9 comme la langue de l\u2019\u00e9cole et de l\u2019administration, les initiatives n\u2019ont pas manqu\u00e9 pour appuyer les langues nationales. Appui qui passe par l\u2019alphab\u00e9tisation des populations dans leur langue maternelle, mais qui malheureusement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suivi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9sume donc la situation linguistique du Mali comme \u00ab un complexus diglossique \u00bb, d\u2019apr\u00e8s C\u00e9cile Canut, puisqu\u2019\u00e0 une diglossie fran\u00e7ais\/bambara s\u2019ajoute une diglossie bambara\/autres langues du Mali.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>3- L\u2019approche didactique du bambara<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cole, per\u00e7ue comme un instrument d\u2019int\u00e9gration intellectuelle et morale, est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 se manifeste et se transmet la langue. Le ma\u00eetre et l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui forment le duo enseignement-apprentissage joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la normalisation de la langue et son officialisation. Le bambara m\u00eame \u00e9tant la langue la plus parl\u00e9e au Mali, est rest\u00e9e pendant longtemps une langue d\u2019expression orale, car au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance, le Mali \u00e0 l\u2019instar de nombreux pays d\u2019Afrique, a adopt\u00e9 la langue du colonisateur comme seule langue de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce mythe du fran\u00e7ais, langue \u00ab super-centrale \u00bb va peu \u00e0 peu se dissiper pour laisser des marges aux langues \u00ab nationales \u00bb qui vont tenter de retrouver leurs lettres de noblesse dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire linguistique malienne nous enseigne que l\u2019utilisation des langues nationales, bien qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 not\u00e9e dans la r\u00e9forme \u00e9ducative de 1962 dont l\u2019un des objectifs \u00e9tait de \u00ab d\u00e9coloniser les esprits \u00bb, n\u2019a pu conna\u00eetre sa premi\u00e8re application qu\u2019en 1979. Le bambara ouvre le chemin avec quatre \u00e9coles exp\u00e9rimentales. En 1982, le fulfuld\u00e9, le sonrhai et le tamasheq feront \u00e9galement leur entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9volution de mars 1991, l\u2019\u00e9cole malienne entre dans un processus de refonte qui pr\u00e9voit l\u2019introduction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des langues nationales dans l\u2019enseignement formel avec \u00ab la possibilit\u00e9 de s\u2019en servir comme m\u00e9dium d\u2019enseignement \u00bb (D\u00e9cret n\u00b093-107\/PRM du 16 avril 1993), \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fran\u00e7ais, objet et m\u00e9dium d\u2019enseignement. La capitale Bamako et S\u00e9gou (4\u00e8me r\u00e9gion), situ\u00e9es au c\u0153ur de la zone bambaraphone, ont vu les premi\u00e8res classes en langue nationale bambara. Il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif centr\u00e9 sur l\u2019enseignement en langue nationale les trois premi\u00e8res ann\u00e9es ; \u00e0 partir de la 4\u00e8me ann\u00e9e, on assiste \u00e0 l\u2019introduction graduelle du fran\u00e7ais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle-ci jusqu\u2019en 6\u00e8me ann\u00e9e. On compte&nbsp;<strong>1725 \u00e9coles fondamentales<\/strong>&nbsp;o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves d\u00e9butent leur scolarisation en bambara. A partir de 1999, une nouvelle m\u00e9thodologie appel\u00e9e \u00ab p\u00e9dagogie convergente \u00bb est introduite peu \u00e0 peu : elle pr\u00e9conise un enseignement bilingue fran\u00e7ais\/bambara. Elle est fond\u00e9e sur l\u2019interaction verbale au niveau du primaire. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on passe d\u2019un code \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une langue \u00e0 une autre. Cet \u00e9tat de fait vient officialiser le bilinguisme scolaire au Mali. Ainsi, dans les cours d\u00e9j\u00e0 et m\u00eame dans les salles de classe, les langues nationales sont utilis\u00e9es \u00e0 l\u2019oral par les ma\u00eetres et les \u00e9l\u00e8ves. Or durant deux d\u00e9cennies en arri\u00e8re, l\u2019usage des langues nationales \u00e9tait prohib\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il fallait uniquement parler fran\u00e7ais sous peine de se faire coller le \u00ab fameux symbole \u00bb (en g\u00e9n\u00e9ral, fait de bois sculpt\u00e9 et pr\u00e9sentant la forme d\u2019un pendentif). Pour bon nombre d\u2019observateurs, l\u2019emploi des langues maliennes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9cole est un processus \u00e0 la fois difficile et n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 r\u00e9side dans le fait qu\u2019elle va bousculer les traditions et les habitudes professionnelles, notamment celles des enseignants. La n\u00e9cessit\u00e9 s\u2019explique par le fait que l\u2019\u00e9cole m\u00e9rite d\u2019\u00eatre implant\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale, psychologique des apprenants. La langue maternelle de l\u2019apprenant saurait mieux d\u00e9crire ses r\u00e9alit\u00e9s sociales que toute autre langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ressort que depuis 1962, il existe certes des volont\u00e9s pour promouvoir l\u2019enseignement des langues maliennes, notamment le bambara, mais son absence dans l\u2019administration et sa forme orale (absence de litt\u00e9rature \u00e9crite) sont entre autres des \u00e9cueils p\u00e9dagogiques auxquels il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9. C\u2019est pourquoi il a longtemps pein\u00e9 \u00e0 devenir une vraie langue d\u2019\u00e9cole selon C\u00e9cile Canut qui utilise les termes \u00ab irr\u00e9m\u00e9diable fuite en avant \u00bb pour parler du plurilinguisme malien \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Elle rejoint Louis-Jean Calvet qui utilise le terme fort de \u00ab planification par d\u00e9faut \u00bb pour parler du bambara.<\/p>\n\n\n\n<p>Les multiples lois d\u2019orientation scolaire, les changements p\u00e9dagogiques et de m\u00e9thodologies qui n\u2019ont pas r\u00e9solu \u00e0 relever tous ces d\u00e9fis ont fini par semer des doutes sur leurs bien-fond\u00e9s. Les enseignants, principaux acteurs de toute politique \u00e9ducative, restent mitig\u00e9s face \u00e0 ces diff\u00e9rents changements p\u00e9dagogiques. Beaucoup d\u2019entre eux ont recours clandestinement \u00e0 la m\u00e9thode classique avec laquelle ils se disent \u00ab \u00eatre \u00e0 l\u2019aise \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4- Le Bambara peut-il migrer vers une forme officielle ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la publication de l\u2019avant-projet de nouvelle constitution le 11 octobre 2022, le d\u00e9bat autour de l\u2019officialisation du Bambara s\u2019est pos\u00e9 avec acuit\u00e9. Des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des d\u00e9fenseurs et locuteurs du Bambara ont multipli\u00e9 les sorties m\u00e9diatiques pour protester contre l\u2019article 31 du projet de constitution qui, contrairement aux attentes exprim\u00e9es lors des assises nationales de la refondation, a plac\u00e9 le Bambara dans le statut de simple langue nationale susceptible de s\u2019\u00e9riger en langue officielle. Cette disposition reste dans le m\u00eame format que l\u2019article 25 de la constitution de 1992. Les explications donn\u00e9es par les membres de la commission de r\u00e9daction font \u00e9tat de pr\u00e9occupations li\u00e9es \u00e0 son adaptation didactique, les moyens non r\u00e9unis pour le transformer en m\u00e9dium et objet d\u2019enseignement, toute chose qui n\u00e9cessiterait du temps. Ce qu\u2019il faut pr\u00e9ciser, est qu\u2019il s\u2019agit de vraies pr\u00e9occupations soulev\u00e9es o\u00f9 sont d\u2019ailleurs pass\u00e9es toutes les langues vivantes du monde au risque de devenir une langue morte, comme le latin. Si l\u2019on sait m\u00eame que la langue dont il s\u2019agit est assez lexicalement influenc\u00e9e : le Bambara est en situation de diglossie, d\u2019interf\u00e9rence linguistique ou d\u2019alternance codique avec le fran\u00e7ais au niveau inter-phrastique, intra-phrastique et extra-phrastique. D\u2019ailleurs, il faut rappeler que le fran\u00e7ais institutionnel au Mali, a pris le dessus sur une dizaine de langues francis\u00e9es pour s\u2019\u00e9riger en langue officielle et internationale. La langue est certes un instrument de domination et de puissance, mais le r\u00eave de voir notre langue v\u00e9hiculaire \u00e9merg\u00e9e parmi les plus grandes, ne doit pas \u00eatre \u00f4t\u00e9 aux maliens !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoulaye Oumar TRAORE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sociolinguiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le pays<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1- L\u2019aire d\u2019expansion du Bambara Le bambara v\u00e9hiculaire du Mali est une langue appartenant au groupe des langues mandingues, comprenant principalement, outre le bambara, le dioula en C\u00f4te d\u2019Ivoire et&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9546,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[38,71],"tags":[],"class_list":["post-9545","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-education","category-le-pays"],"jetpack_publicize_connections":[],"featured_image_urls":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","penci-recipe-1200x1200":"","penci-recipe-1200x900":"","penci-recipe-1200x675":"","penci-single-full":"","penci-slider-full-thumb":"","penci-full-thumb":"","penci-slider-thumb":"","penci-magazine-slider":"","penci-thumb":"","penci-masonry-thumb":"","penci-thumb-square":"","penci-thumb-vertical":"","penci-thumb-small":""},"author_info":{"display_name":"Nandi","author_link":"https:\/\/nandi.info\/?author=1"},"category_info":"<a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=38\" rel=\"category\">Education<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=71\" rel=\"category\">Le Pays<\/a>","tag_info":"Le Pays","comment_count":"0","jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9545","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9545"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9545\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9545"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9545"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9545"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}