{"id":14285,"date":"2023-07-09T21:08:46","date_gmt":"2023-07-09T19:08:46","guid":{"rendered":"https:\/\/nandi.info\/?p=14285"},"modified":"2023-07-09T21:08:46","modified_gmt":"2023-07-09T19:08:46","slug":"que-sont-ils-devenus-djibril-mbodge-la-passion-de-laudiovisuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nandi.info\/?p=14285","title":{"rendered":"Que sont-ils devenus\u2026 Djibril M\u2019Bodge : La passion de l\u2019audiovisuel"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La presse malienne est en deuil. <\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019ancien journaliste \u00e0 l\u2019ORTM, le doyen Djibril M\u2019Bodge n\u2019est plus ! Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans la nuit du mercredi \u00e0 jeudi \u00e0 l\u2019h\u00f4pital du Point-G des suites de maladie. Il a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 hier apr\u00e8s-midi en sa derni\u00e8re demeure par une foule de grands jours. La R\u00e9daction du journal Aujourd\u2019hui-Mali pr\u00e9sente ses condol\u00e9ances \u00e0 la famille du d\u00e9funt. Pour lui rendre hommage, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de republier cet article sur la Rubrique \u00abQue sont-ils devenus ?\u00bb publi\u00e9 dans le N\u00b070 du journal Aujourd\u2019hui-Mali du 2 juin 2017.\u00a0 Pour exercer avec satisfaction un m\u00e9tier ou une profession, il faut l\u2019aimer et m\u00eame en avoir la passion. Il faut cultiver en soi l\u2019envie de bien faire. C\u2019est \u00e0 ce seul prix que se fera\u00a0 la r\u00e9ussite. Tel est le cas de notre h\u00e9ros du jour pour la rubrique \u201d Que sont-ils devenus ? \u201c. Il s\u2019agit de Djibril M\u2019Bodge. Nous\u00a0 nous souvenons encore de cette voix grave sur les antennes de Radio Mali, dans les ann\u00e9es 1978 -1979, de RFI et d\u2019Africa N\u00b01 de 1983 \u00e0 1995. Mais aussi de cette silhouette du pr\u00e9sentateur attitr\u00e9 du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 au tout d\u00e9but de la t\u00e9l\u00e9vision au Mali, en 1983. Aujourd\u2019hui, notre h\u00e9ros savoure une retraite bien m\u00e9rit\u00e9e dans sa r\u00e9sidence aux 300 logements de Garantibougou, \u00e0 Bamako, o\u00f9 nous l\u2019avons rencontr\u00e9. Djibril M\u2019Bodge nous conte son pass\u00e9 et son pr\u00e9sent !<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">l\u2019\u00e9poque, pas de t\u00e9l\u00e9, pas de radios priv\u00e9es, la seule station qu\u2019on \u00e9coutait partout dans le pays demeurait la Radio Mali. Certes, la jeune g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait coll\u00e9e au disque ou phono, mais il y avait au moins dans chaque famille un transistor sur lequel on entendait les voix des Samba Guindo, Balla Moussa Ke\u00efta, El hadj Bourama Coulibaly, Samba Sidib\u00e9&nbsp; pour les avis et communiqu\u00e9s et les spots publicitaires. Le journal parl\u00e9 \u00e9tait l\u2019affaire d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de grands journalistes comme Daouda N\u2019Diaye, Baba Dagama\u00efssa, Lamine Coulibaly, Djibril M\u2019Bodge, A\u00efssata Ciss\u00e9, Fatim Sidib\u00e9, Thiona Mathieu Kon\u00e9. Ils donnaient un go\u00fbt \u00e0 la profession de journaliste et cultivaient en l\u2019auditoire l\u2019envie de les r\u00e9\u00e9couter tout le temps. Mais h\u00e9las ! Ils ont disparu des \u00e9crans radars. Certains sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, d\u2019autres sont \u00e0 la retraite. Mais ce qui est incompr\u00e9hensible et paradoxal, ces monuments de la presse parl\u00e9e sont tomb\u00e9s dans l\u2019anonymat total.<\/p>\n\n\n\n<p>Baba Daga, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 son poste de conseiller technique au minist\u00e8re des Finances, a pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 la maison, sans \u00eatre r\u00e9affect\u00e9 dans un service \u00e0 l\u2019Ortm. A l\u2019image de Balli Idrissa Sissoko qui ch\u00f4me depuis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 de son poste de directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Ortm. Djibril M\u2019Bodge a subi le m\u00eame sort. Thiona Mathieu Kon\u00e9 et Lamine Coulibaly ont&nbsp; pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s\u2019en aller.&nbsp; Avec leur exp\u00e9rience, leur dext\u00e9rit\u00e9, leur amour pour la profession, ils auraient d\u00fb \u00eatre un pool de formateurs&nbsp; pour la jeune g\u00e9n\u00e9ration. Surtout que la passion du service public est devenue le slogan de l\u2019Ortm. Confier aujourd\u2019hui un d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 Djibril M\u2019Bodge ou \u00e0 A\u00efssata Ciss\u00e9 donnerait un autre go\u00fbt \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, ces doyens de la presse parl\u00e9e continuent leur vie dans le silence. A l\u2019image d\u2019un Djibril M\u2019Bodge&nbsp; que nous avons rencontr\u00e9 \u00e0 son domicile aux 300 logements de Garantibougou.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Non \u00e0 la craie !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme, \u00e2g\u00e9 aujourd\u2019hui de 64 ans (il est n\u00e9 le 27 f\u00e9vrier 1953) se dit passionn\u00e9 de radio comme la Voix d\u2019Am\u00e9rique, de voyages et de grandes rencontres. C\u2019est pourquoi, dans sa tendre jeunesse, il d\u00e9sirait l\u2019une des trois professions : avocat, journaliste ou pilote. Mais comment ? Contre toute attente apr\u00e8s son bac, il est orient\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure en 1975, donc destin\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re d\u2019enseignant. N\u00e9anmoins,&nbsp; Djibril M\u2019Bodge a commenc\u00e9 les \u00e9tudes dans l\u2019\u00e9tablissement, mais disait \u00e0 qui veut l\u2019entendre que son s\u00e9jour est temporaire. Comme s\u2019il pr\u00e9disait l\u2019avenir. La m\u00eame ann\u00e9e, il entre, sur concours, au Cesti de Dakar, en compagnie de son ami Baba Dagama\u00efssa. Il y sortira trois ans plus tard, avec des temps de stages au quotidien national L\u2019Essor en 1976 et \u00e0 la RTI en 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>Nanti du dipl\u00f4me du Cesti, sp\u00e9cialit\u00e9 audiovisuelle, Djibril M\u2019Bodge retourne au pays et int\u00e8gre la Radio Mali en&nbsp; juillet 1978, apr\u00e8s un passage \u00e0 l\u2019Institut Fran\u00e7ais de Presse de Paris XI, et six mois au Centre audiovisuel de Montr\u00e9al au Canada.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses t\u00e2ches \u00e0 Bozola : les reportages,&nbsp; la pr\u00e9paration et la pr\u00e9sentation du journal parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses compagnons d\u2019infortune, Baba Daga, Lamine Coulibaly, A\u00efssata Ciss\u00e9 et autres, il accompagne la naissance d\u2019un b\u00e9b\u00e9 \u00e0 Bozola, la t\u00e9l\u00e9vision nationale, qui \u00e9met pour la premi\u00e8re fois le 22 septembre 1983, gr\u00e2ce au guide de la Jamahiriya libyenne, Mouammar Kadhafi.<\/p>\n\n\n\n<p>Djibril M\u2019Bodge devient le premier r\u00e9dacteur en chef de la t\u00e9l\u00e9, pr\u00e9sentateur attitr\u00e9 du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 et correspondant permanent de RFI \u00e0 Bamako. Deux ans apr\u00e8s, il est propuls\u00e9 au poste&nbsp; de directeur des informations de la t\u00e9l\u00e9. En 1985, il quitte les services de RFI pour Africa N\u00b01 et ce, durant dix ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ans apr\u00e8s la r\u00e9volution du 26 mars et l\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie pluraliste, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Alpha Oumar Konar\u00e9 avait besoin de ses comp\u00e9tences pour animer sa cellule de communication. Mais une telle fonction, en termes d\u2019occupation et de temps, est incompatible avec un poste de correspondant. Le pr\u00e9sident Alpha a mis la forme. Il en parla \u00e0 Oumar Bongo afin d\u2019\u00e9viter une animosit\u00e9 entre son ain\u00e9 et lui. Le vieux Gabonais donne son accord et les choses s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent. Djibril M\u2019Bodge quitte&nbsp; la station panafricaine en 1995&nbsp; pour&nbsp; Koulouba. Cinq ans plus tard, en&nbsp; 2000, il&nbsp; d\u00e9missionne&nbsp; pour&nbsp; exprimer sa d\u00e9sapprobation face \u00e0 une nomination qui le mettait sous les ordres d\u2019un novice de la communication.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019en 2004 il n\u2019avait aucune fonction, aucune occupation \u00e0 l\u2019Ortm. Heureusement que le pr\u00e9sident Amadou Toumani Tour\u00e9 le r\u00e9cup\u00e8re pour l\u2019envoyer \u00e0 l\u2019ambassade du Mali \u00e0 Addis Abeba comme conseiller \u00e0 la communication. Apr\u00e8s six ans dans la capitale \u00e9thiopienne, Djibril M\u2019Bodge regagne le pays en 2010, o\u00f9 il plongera une fois de plus dans un ch\u00f4mage technique jusqu\u2019\u00e0 sa retraite en 2015.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Face \u00e0 face avec Senghor<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui aurait d\u00fb \u00eatre pour Djibril M\u2019Bodge&nbsp; un \u00e9chec, un fiasco, un cauchemar, est finalement devenu l\u2019un de ses meilleurs souvenirs. Encore \u00e9tudiant au Cesti en 1976, son directeur de l\u2019\u00e9poque, Amadou Thiam, lui confia&nbsp; l\u2019interview du pr\u00e9sident s\u00e9n\u00e9galais L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor. L\u2019entretien devrait se passer en direct sur la radio nationale, depuis le palais pr\u00e9sidentiel. Pour la premi\u00e8re fois, ses pieds ont trembl\u00e9. Parce que lui, Djibril M\u2019Bodge, savait qui est Senghor : pr\u00e9sident d\u2019un grand pays comme le S\u00e9n\u00e9gal,&nbsp; homme d\u2019Etat, un grand intellectuel, acad\u00e9micien. Donc, il s\u2019est dit que la premi\u00e8re r\u00e9ponse de L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor le bloquerait totalement et l\u2019entretien serait un fiasco. Devant un tel complexe teint\u00e9 de frayeur, qu\u2019est ce qu\u2019il faut faire ? Djibril se rappelle encore de la mani\u00e8re dont il a pris son courage \u00e0 deux mains pour relever un d\u00e9fi qui s\u2019offrait \u00e0 lui. R\u00e9cit :&nbsp;<em>\u201cCe jour, j\u2019\u00e9tais perdu dans un cyclone de peur, d\u2019incertitude et de complexe. A c\u0153ur vaillant rien d\u2019impossible, je me suis ressaisi en ayant \u00e0 l\u2019esprit que seuls les grands \u00e9v\u00e9nements font les grands journalistes. Arriv\u00e9 au palais pr\u00e9sidentiel, je r\u00e9alise l\u2019interview avec une dext\u00e9rit\u00e9 extraordinaire. De retour \u00e0 la radio, mon directeur me f\u00e9licite et m\u2019encourage. Ce jour a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9clic pour ma carri\u00e8re. Rien d\u2019autre ne pouvait m\u2019effrayer. Je profite d\u2019ailleurs&nbsp; pour \u00e9voquer l\u2019un de mes meilleurs souvenirs aussi. C\u2019est l\u2019entretien que le pr\u00e9sident Thomas Sankara m\u2019a accord\u00e9&nbsp; \u00e0 Ouagadougou lors&nbsp; d\u2019un sommet de la Ceao, en 1986. Malheureusement, un an apr\u00e8s, il sera assassin\u00e9. Cela m\u2019a beaucoup marqu\u00e9 dans ma carri\u00e8re de&nbsp; journaliste\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Autre bon souvenir, c\u2019est la couverture m\u00e9diatique, en 1992, du proc\u00e8s crimes de sang, du g\u00e9n\u00e9ral Moussa Traor\u00e9, de son gouvernement et des membres du Bureau ex\u00e9cutif central (BEC). C\u2019est un proc\u00e8s qui a rassembl\u00e9 des dizaines de journalistes \u00e9trangers \u00e0 Bamako. Mais la radio Africa N\u00b01 s\u2019est r\u00e9serv\u00e9e d\u2019envoyer un reporter pour couvrir l\u2019\u00e9v\u00e9nement, parce que les responsables de la station panafricaine ont&nbsp; estim\u00e9 qu\u2019avec&nbsp; la pr\u00e9sence sur place&nbsp; de Djibril M\u2019Bodge, Africa N\u00b01 sera au c\u0153ur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Effectivement, tout s\u2019est bien pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons encore en m\u00e9moire ses commentaires \u00e9mouvants&nbsp; sur Mme le procureur g\u00e9n\u00e9ral Manassa Dagnoko. Celle-ci venait de faire un r\u00e9quisitoire de cinq heures d\u2019horloge pour assoir son accusation contre Moussa Traor\u00e9 et autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette marge de confiance et de consid\u00e9ration de ses anciens collaborateurs&nbsp; de la radio Africa N\u00b01 a beaucoup marqu\u00e9 notre h\u00e9ros. La carri\u00e8re de Djibril M\u2019Bodge fut aussi parsem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. En plus des sanctions disciplinaires \u00e0 l\u2019interne, il s\u2019est dit injustement frapp\u00e9 en 1989&nbsp; par une d\u00e9cision en haut lieu, qui demandait son exclusion de la Fonction publique. Et cela suite \u00e0 un reportage sur le Maroc. Les &nbsp;autorit\u00e9s&nbsp; alg\u00e9riennes se sont plaintes&nbsp; de l\u2019\u00e9l\u00e9ment diffus\u00e9. Mais, son ministre de tutelle, Mme Sidib\u00e9 A\u00efssata Ciss\u00e9, s\u2019est oppos\u00e9e \u00e0 cette d\u00e9cision et a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 quitter le gouvernement. Malgr\u00e9 tout, Djibril M\u2019Bodge n\u2019\u00e9chappera pas. Il \u00e9copera d\u2019une suspension de six mois. Cet incident fait partie des mauvais souvenirs&nbsp; de sa carri\u00e8re de journaliste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les anecdotes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bougies secourables : On ne saurait faire trois d\u00e9cennies dans une boite comme l\u2019Ortm sans avoir des anecdotes. Djibril M\u2019Bodge se rappelle comme si c\u2019\u00e9tait hier,&nbsp; avoir pr\u00e9sent\u00e9 le journal \u00e0 la radio avec la lumi\u00e8re de bougies allum\u00e9es pour la circonstance. Cela se passait chaque fois qu\u2019il y avait coupure de courant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le studio \u00e9tait&nbsp; aliment\u00e9 par la&nbsp; batterie, les \u00e9metteurs connect\u00e9s au&nbsp;&nbsp; groupe \u00e9lectrog\u00e8ne. L\u2019auditoire ignorait tout des remues m\u00e9nages dans la cabine. Il savourait le journal sans se rendre compte que le g\u00e9n\u00e9rique \u00e9tait souvent&nbsp; mis \u00e0 profit pour rallumer des bougies qui s\u2019\u00e9teignaient en arrangeant les feuilles du journal parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ex\u00e9cute : Avec le temps, la passion du m\u00e9tier est devenue&nbsp; la passion du service public \u00e0 Bozola. Il se rappelle aussi qu\u2019un jour, au moment o\u00f9 il cherchait un moyen de programmer une&nbsp; longue interview du pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9, son directeur (aujourd\u2019hui un homme politique), est venu lui dire qu\u2019avec le pr\u00e9sident, on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas, mais on ex\u00e9cute. C\u2019est une fa\u00e7on de dire que la radio et la t\u00e9l\u00e9 d\u2019Etat ont leurs&nbsp; exigences.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 Djibril M\u2019Bodge pense qu\u2019un journaliste&nbsp; peut fr\u00e9quenter&nbsp; les politiciens, mais ne doit pas \u00eatre un homme politique.&nbsp; C\u2019est pourquoi, il n\u2019a jamais milit\u00e9 dans un parti politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bruits de bottes : Autre anecdote, le 26 mars 1991, tranquillement couch\u00e9 \u00e0 la maison, aux environs de 4 heures du matin, des militaires arm\u00e9s&nbsp; sont venus taper \u00e0 sa porte. Avant qu\u2019il ne comprenne, Djibril M\u2019Bodge dit avoir perdu son sang-froid. Parce que la situation \u00e9tait confuse, et apercevoir des militaires arm\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas quelque chose de rassurant. Apr\u00e8s les salutations d\u2019usage, le chef de l\u2019op\u00e9ration l\u2019informa qu\u2019ils sont venus le chercher&nbsp; sur ordre de feu Kafougouna Kon\u00e9. Et cela pour r\u00e9aliser la premi\u00e8re interview du pr\u00e9sident du Conseil de r\u00e9conciliation nationale, le lieutenant-colonel&nbsp; Amadou Toumani Tour\u00e9 qui s\u2019est empar\u00e9 du pouvoir. Avec ces propos, il a retrouv\u00e9 ses esprits et son courage. En cours de route, il tentait par tous les moyens de vaincre la peur et construisait dans sa t\u00eate le questionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019honneur de trop ? : Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019Ortm, Djibril M\u2019Bodge s\u2019installe avant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019ATT. Mais pas dans la tranquillit\u00e9, parce que les commandos parachutistes, tr\u00e8s excit\u00e9s, cherchaient plut\u00f4t \u00e0&nbsp; s\u00e9curiser&nbsp; les lieux. Ils se passaient des grenades, des cartouches de balles. Tout cela dans une atmosph\u00e8re tendue. Il s\u2019est&nbsp; pos\u00e9 la question de savoir s\u2019il&nbsp; n\u2019y laissera pas sa peau ? Entre temps, ATT et tout son cort\u00e8ge arrivent pour la premi\u00e8re interview qu\u2019il a eu l\u2019honneur de&nbsp; faire avant m\u00eame qu\u2019il ne lise, \u00e0 6 heures du matin \u00e0 la radio nationale, le premier communiqu\u00e9 qui a consacr\u00e9 la chute du r\u00e9gime de Moussa Traor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La magie des Ntic<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volution de la technologie et du num\u00e9rique constitue le seul facteur pour comprendre qu\u2019on ne saurait faire une comparaison entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019Ortm.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le temps, les journalistes n\u2019\u00e9taient pas habill\u00e9s, contrairement \u00e0 aujourd\u2019hui. Le groupe des Lamine Coulibaly, Baba Daga, Baba Djourt\u00e9 et Djibril M\u2019Bodge \u00e9tait constitu\u00e9 de vrais copains qui se rivalisaient dans la convivialit\u00e9. Ils passaient&nbsp; ensemble au grand march\u00e9 pour se payer des costumes \u00e0 la friperie. Ils les repassaient pour ensuite les placer dans un coin du bureau. Le soir, au moment de pr\u00e9senter le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, l\u2019orateur du jour \u00f4tait seulement son boubou, pour se brayer sur le pantalon du Bazin.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment cela pouvait-il passer inaper\u00e7u? Djibril M\u2019Bodge dit que seuls le costume et la cravate \u00e9taient visibles, le bas \u00e9tait cach\u00e9 par la table. Autre particularit\u00e9 \u00e0 leur temps, depuis le matin le journaliste qui devrait pr\u00e9senter le journal se mettait \u00e0 la t\u00e2che pour \u00e9viter de perdre le bout du fil, au&nbsp; moindre geste. Aujourd\u2019hui, avec&nbsp; la t\u00e9l\u00e9 prompteur (ils lisent le texte sur une bande qui d\u00e9file devant leurs yeux), les jeunes ne fournissent pas assez d\u2019effort. C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs, certains ont des difficult\u00e9s pour lire un communiqu\u00e9 tomb\u00e9 en plein journal.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le 31 D\u00e9cembre 2015, Djibril M\u2019Bodge a fait valoir ses droits \u00e0 la retraite. Mais, il est convaincu que le journaliste est comme ce m\u00e9decin, cet ing\u00e9nieur, ce v\u00e9t\u00e9rinaire qui se prom\u00e8nent avec&nbsp; leurs exp\u00e9riences, et qui peuvent les partager \u00e0 tout moment et partout o\u00f9 ils passent. Pourvu qu\u2019ils soient mis en valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il consacre son temps aux cours de journalisme qu\u2019il dispense \u00e0 l\u2019Ispric, \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9, et \u00e0 fr\u00e9quenter&nbsp; la mosqu\u00e9e. C\u2019est quand m\u00eame regrettable, sinon incompr\u00e9hensible que Djibril M\u2019Bodge ne soit pas retenu pour diriger ou occuper un poste \u00e0 la&nbsp; Haute Autorit\u00e9 de la Communication (HAC). Les choix du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou de l\u2019Assembl\u00e9e nationale auraient d\u00fb porter&nbsp; sur lui, eu \u00e9gard \u00e0 son&nbsp; exp\u00e9rience et au fait qu\u2019il a consacr\u00e9 toute sa vie \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Dommage !<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, deux faits l\u2019ont socialement marqu\u00e9s et demeurent un r\u00e9confort moral qu\u2019il n\u2019oubliera jamais : en 2015, Bally Idrissa Sissoko, \u00e0 l\u2019\u00e9poque directeur&nbsp; g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Ortm, lui a fait l\u2019honneur de l\u2019envoyer \u00e0 la Mecque.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, r\u00e9cemment quand il \u00e9tait malade, l\u2019ancien Premier ministre, Modibo Ke\u00efta, l\u2019a \u00e9vacu\u00e9 en Tunisie pour y suivre un traitement digne de ce nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de le quitter le doyen Djibril M\u2019Bodge a tenu \u00e0 nous donner un conseil en citant une pens\u00e9e&nbsp; d\u2019Einstein \u201cN\u2019essayez pas d\u2019\u00eatre un homme \u00e0 succ\u00e8s, essayez plut\u00f4t d\u2019\u00eatre un homme qui a de la valeur\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O. Roger Sissoko (Aujourd\u2019hui-Mali N\u00b070 du 2 juin 2017)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La presse malienne est en deuil. L\u2019ancien journaliste \u00e0 l\u2019ORTM, le doyen Djibril M\u2019Bodge n\u2019est plus ! 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