{"id":13032,"date":"2023-04-21T00:36:31","date_gmt":"2023-04-20T22:36:31","guid":{"rendered":"https:\/\/nandi.info\/?p=13032"},"modified":"2023-04-21T00:36:31","modified_gmt":"2023-04-20T22:36:31","slug":"vers-la-quatrieme-republique-du-mali-analyse-du-projet-de-nouvelle-constitution-par-professeur-fousseyni-doumbia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nandi.info\/?p=13032","title":{"rendered":"Vers la quatri\u00e8me R\u00e9publique du Mali : Analyse du projet de nouvelle Constitution par Professeur Fousseyni Doumbia"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Dans le cadre de la transition politique initi\u00e9e suite au coup d\u2019\u00c9tat militaire du 18 ao\u00fbt 2020, le gouvernement de transition du Mali a entam\u00e9 un processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle constitution pour permettre un retour \u00e0 l\u2019ordre constitutionnel et \u00e0 un r\u00e9gime civil. Le processus constituant a \u00e9t\u00e9 boycott\u00e9 par d\u2019importantes parties prenantes, et certaines dispositions du projet de nouvelle Constitution \u2013 notamment la concentration du pouvoir entre les mains du pr\u00e9sident et l\u2019\u00e9largissement du r\u00f4le de l\u2019arm\u00e9e \u2013 suscitent l\u2019opposition. Cependant, sauf changement de derni\u00e8re minute, ce projet devrait \u00eatre soumis \u00e0 r\u00e9f\u00e9rendum.&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Depuis son ind\u00e9pendance en 1960, le Mali a connu trois Constitutions et donc trois R\u00e9publiques : la Constitution du 22 septembre 1960 (Premi\u00e8re R\u00e9publique) ; la Constitution du 02 juin 1974 (Deuxi\u00e8me R\u00e9publique) ; la Constitution du 25 f\u00e9vrier 1992 (Troisi\u00e8me R\u00e9publique). La Constitution actuelle, promulgu\u00e9e le 25 f\u00e9vrier 1992, n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune r\u00e9vision en d\u00e9pit de quatre tentatives rest\u00e9es sans suite (en 1999, 2011, 2017 et 2019). Cette absence de r\u00e9forme, due en partie \u00e0 la rigidit\u00e9 de la proc\u00e9dure de r\u00e9vision, n\u2019a pas permis de satisfaire \u00e0 certains engagements internationaux (dont la directive de l\u2019Union \u00c9conomique et Mon\u00e9taire Ouest Africaine (UEMOA) du 29 juin 2000 imposant \u00e0 tous les Etats membres d\u2019instaurer une Cour des comptes ind\u00e9pendante) ni de r\u00e9pondre \u00e0 certaines circonstances changeantes (notamment l\u2019engagement en faveur d\u2019une d\u00e9centralisation \u00e9tendue pris dans le cadre de l\u2019Accord pour la paix et la r\u00e9conciliation issu du processus d\u2019Alger conclu en 2015 entre le gouvernement du Mali et la Coordination des Mouvements de l\u2019Azawad). La Constitution de 1992 a aussi surv\u00e9cu \u00e0 trois coups d\u2019\u00c9tat (22 mars 2012,&nbsp; 18 ao\u00fbt 2020 et&nbsp; 25 mai 2021), mais son temps semble d\u00e9sormais compt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le processus constituant sous transition militaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle Constitution en cours au Mali a pour but de permettre un retour \u00e0 l\u2019ordre constitutionnel suite au coup d\u2019\u00c9tat militaire du 18 ao\u00fbt 2020 men\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du pr\u00e9sident Ibrahim Boubacar K\u00e9ita. Le 1er octobre 2020, les chefs de file du coup d\u2019\u00c9tat ont adopt\u00e9 une Charte de la transition. Cette charte pr\u00e9voit une transition politique de 18 mois (qui a par la suite \u00e9t\u00e9 rallong\u00e9e \u00e0 24 mois) durant laquelle des r\u00e9formes institutionnelles et structurelles doivent \u00eatre adopt\u00e9es pour aboutir \u00e0 la tenue de nouvelles \u00e9lections. Cette charte de transition compl\u00e8te la Constitution du 25 F\u00e9vrier 1992 et pr\u00e9vaut en cas de contradiction entre les deux documents.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de d\u00e9finir la feuille de route de la transition, le gouvernement de transition a organis\u00e9 des Assises Nationales de la Refondation (ANR) en d\u00e9cembre 2021, qui ont consist\u00e9 en une s\u00e9rie de consultations et de d\u00e9bats entre les diff\u00e9rentes forces vives du pays. Malgr\u00e9 le boycott de plusieurs dizaines de partis politiques, les participants aux ANR ont recommand\u00e9 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle constitution.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en vue de mat\u00e9rialiser cette recommandation que le pr\u00e9sident de la transition, le colonel Assimi Go\u00efta, a nomm\u00e9 par d\u00e9cret une Commission de r\u00e9daction de la nouvelle Constitution charg\u00e9e de r\u00e9diger un avant-projet de Constitution dans un d\u00e9lai de deux mois, puis une autre commission charg\u00e9e de la finalisation des r\u00e9sultats fournis par cette derni\u00e8re dans un d\u00e9lai de deux semaines. La Commission de finalisation a remis le projet final de nouvelle Constitution le 27 f\u00e9vrier 2023, dont le contenu a \u00e9t\u00e9&nbsp;<strong>\u201cvalid\u00e9\u201d<\/strong>&nbsp;par le pr\u00e9sident de la transition.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la Charte de la transition ne pr\u00e9cise pas la proc\u00e9dure d\u2019adoption d\u2019une nouvelle constitution, le chronogramme de la transition pr\u00e9voit que le projet de nouvelle constitution soit soumis \u00e0 l\u2019approbation du peuple par r\u00e9f\u00e9rendum, sans vote pr\u00e9alable au sein du Conseil National de Transition, l\u2019organe l\u00e9gislatif int\u00e9rimaire. Initialement pr\u00e9vu le 29 mars 2023, le r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 par le gouvernement de transition, pour permettre \u00e0 l\u2019Autorit\u00e9 Ind\u00e9pendante de Gestion des \u00c9lections nouvellement cr\u00e9\u00e9es de proc\u00e9der aux pr\u00e9paratifs pour la tenue du scrutin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vers une concentration du pouvoir entre les mains du pr\u00e9sident<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet de Constitution envisage le maintien du r\u00e9gime politique de la Constitution de 1992 mais avec des pouvoirs pr\u00e9sidentiels largement renforc\u00e9s. Le Pr\u00e9sident, \u00e9lu au suffrage universel direct, sera chef de l\u2019\u00c9tat et chef de l\u2019ex\u00e9cutif. A ce titre, le Pr\u00e9sident d\u00e9termine la politique de la Nation (art. 44), alors que le Premier Ministre et son gouvernement la mettent en \u0153uvre (art. 76). Le Premier ministre et son gouvernement sont nomm\u00e9s par le Pr\u00e9sident et sont responsables politiquement devant celui-ci uniquement (arts. 57 et 78). En mati\u00e8re l\u00e9gislative, le Pr\u00e9sident voit ses pouvoirs largement renforc\u00e9s. Le pr\u00e9sident peut soumettre des projets de loi au parlement (art. 119) ; imposer \u2013 par l\u2019interm\u00e9diaire du gouvernement \u2013 au parlement de se prononcer par un seul vote sur un texte en ne retenant que les amendements propos\u00e9s ou accept\u00e9s par le gouvernement (art. 122) ; peut \u2013 par l\u2019interm\u00e9diaire du gouvernement \u2013 demander au parlement l\u2019autorisation temporaire de prendre des ordonnances pour r\u00e9guler des questions relevant du domaine de la loi (art. 121) ; et peut soumettre au r\u00e9f\u00e9rendum toute question d\u2019int\u00e9r\u00eat national ou tout projet de loi portant sur l\u2019organisation des pouvoirs publics apr\u00e8s avis consultatif de la Cour Constitutionnelle (art. 60). Le Pr\u00e9sident dispose \u00e9galement du pouvoir de dissoudre l\u2019Assembl\u00e9e Nationale (art. 69). En outre, le Pr\u00e9sident dispose d\u2019importants pouvoirs de nomination discr\u00e9tionnaires au sein de l\u2019administration civile et militaire (art. 67). De plus, alors que le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est d\u00e9sormais le chef de l\u2019ex\u00e9cutif et est ainsi un acteur politique \u00e0 part enti\u00e8re, le Pr\u00e9sident est \u00e9galement garant de l\u2019ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire (art. 134) et \u00e0 ce titre il pr\u00e9side le Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature (art. 64). Le projet de Constitution pr\u00e9voit une proc\u00e9dure de destitution du pr\u00e9sident par le parlement en cas de haute trahison, mais les conditions substantives et proc\u00e9durales de ce m\u00e9canisme apparaissent tellement contraignantes qu\u2019il sera difficile dans la pratique de le mettre en \u0153uvre (art. 73).<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet de Constitution \u00e9labore un syst\u00e8me de gouvernement qui ne semble pas en mesure d\u2019assurer un \u00e9quilibre entre les diff\u00e9rentes branches de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique disposera du pouvoir r\u00e9glementaire, sera en mesure d\u2019exercer une tr\u00e8s grande influence sur le processus l\u00e9gislatif (et ce alors m\u00eame que l\u2019ex\u00e9cutif n\u2019est plus responsable politiquement devant le parlement), sera impliqu\u00e9 dans la gestion du syst\u00e8me judiciaire et nommera de fa\u00e7on discr\u00e9tionnaire une grande partie de l\u2019administration civile et militaire. Ainsi, le projet de Constitution \u00e9labore un syst\u00e8me de gouvernement qui ne semble pas en mesure d\u2019assurer un \u00e9quilibre entre les diff\u00e9rentes branches de pouvoir. Malgr\u00e9 ces pr\u00e9occupations, le projet de Constitution contient \u00e9galement quelques innovations positives par rapport au texte de 1992, notamment : le verrouillage de la clause limitative du nombre de mandats pr\u00e9sidentiels (arts. 45 et 185) dans le but de renforcer les garanties d\u2019alternance d\u00e9mocratique au sommet de l\u2019\u00c9tat ; la d\u00e9termination d\u2019un mandat unique non renouvelable pour les membres de la Cour Constitutionnelle et l\u2019instauration d\u2019une r\u00e9partition plus \u00e9quilibr\u00e9e des diff\u00e9rentes autorit\u00e9s de nomination (art. 145), gages d\u2019une ind\u00e9pendance renforc\u00e9e pour la juridiction constitutionnelle ; l\u2019instauration d\u2019un contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9 \u00e0 post\u00e9riori via le m\u00e9canisme de la saisine par voie incidente (art. 153) pour une meilleure protection des droits et libert\u00e9s constitutionnels ; ou encore l\u2019\u00e9largissement de la saisine du Conseil Sup\u00e9rieur de la Magistrature aux justiciables (art. 136) dans le but de renforcer la confiance du public envers le syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines innovations r\u00e9pondent \u00e0 des obligations r\u00e9gionales et des engagements pris dans le cadre de l\u2019Accord pour la paix et la r\u00e9conciliation issu du processus d\u2019Alger. La cr\u00e9ation d\u2019une seconde chambre parlementaire sous la d\u00e9nomination&nbsp;<strong>\u201cS\u00e9nat\u201d<\/strong>&nbsp;doit ainsi permettre une meilleure repr\u00e9sentation des populations et des collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9s au sein du processus l\u00e9gislatif national (conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019un des engagements phare de l\u2019Accord pour la paix et la r\u00e9conciliation issu du processus d\u2019Alger). Par ailleurs, la cr\u00e9ation d\u2019une Cour des comptes (arts. 156 \u00e0 163), juridiction sp\u00e9cialis\u00e9e en mati\u00e8re de contr\u00f4le des d\u00e9penses et des recettes de l\u2019\u00c9tat, r\u00e9pond \u00e0 l\u2019obligation contenue dans la directive de l\u2019UEMOA mentionn\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les dispositions contentieuses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet de constitution comprend un certain nombre de dispositions contentieuses. Parmi celles-ci, l\u2019on peut citer le maintien de l\u2019exigence de la nationalit\u00e9 d\u2019origine pour \u00eatre candidat \u00e0 la magistrature supr\u00eame du pays, en excluant ainsi de la course pr\u00e9sidentielle des citoyens maliens ayant dispos\u00e9 de leur nationalit\u00e9 par voie de naturalisation. Dans la m\u00eame dynamique, le renoncement \u00e0 l\u2019autre nationalit\u00e9 en cas de double nationalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tape de la candidature pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle pose probl\u00e8me dans la mesure o\u00f9 le candidat se trouvant dans une telle situation ne dispose d\u2019aucune garantie d\u2019\u00eatre \u00e9lu, ce qui lui causerait une double perte (art. 46).<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la pertinence de la seconde chambre s\u2019est de nouveau pos\u00e9e avec acuit\u00e9 dans ce projet, les arguments invoqu\u00e9s sont entre autres la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9conomique malien et le bicam\u00e9risme in\u00e9galitaire qui donne le dernier mot \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un blocage au cours de l\u2019adoption d\u2019une loi entre cette derni\u00e8re et le S\u00e9nat (art. 123).<\/p>\n\n\n\n<p>La consid\u00e9ration des langues nationales comme langues officielles et le fran\u00e7ais comme langue de travail pr\u00eate \u00e0 confusion (art. 31), en ce sens que les modalit\u00e9s d\u2019usage des langues officielles devront \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es par une loi organique. De plus, dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9cret n\u00b0 159 PG-RM du 19 juillet 1982 reconnait officiellement 13 langues nationales au Mali, mais non parl\u00e9es par l\u2019ensemble des Maliens, le fran\u00e7ais demeure la langue de l\u2019unit\u00e9. Il faut reconna\u00eetre que la reconnaissance de 13 langues nationales comme langues officielles serait \u00e0 m\u00eame de fragiliser davantage le vivre-ensemble entre les citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La stabilit\u00e9 d\u00e9mocratique du Mali requiert la d\u00e9politisation de l\u2019arm\u00e9e et la d\u00e9militarisation de l\u2019administration publique . . .<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une autre disposition controvers\u00e9e concerne la place accord\u00e9e \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e dans la Constitution. En plus de ses postes militaires, le projet de Constitution dispose que&nbsp;<strong>\u201cles forces arm\u00e9es et de s\u00e9curit\u00e9 participent aux actions de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social, culturel et de protection de l\u2019environnement du pays\u201d<\/strong>&nbsp;(art. 89), en contresens du principe de la s\u00e9paration du pouvoir civil et militaire. D\u00e9sormais charg\u00e9e de veiller \u00e0&nbsp;<strong>\u201cl\u2019ex\u00e9cution de la loi\u201d<\/strong>, l\u2019Arm\u00e9e pourrait sortir des casernes si celle-ci se trouve viol\u00e9e, en l\u2019occurrence par le pouvoir civil (art. 89). De plus, une obligation p\u00e8sera d\u00e9sormais sur l\u2019Etat de veiller \u00e0 ce que les forces arm\u00e9es et de s\u00e9curit\u00e9 disposent en permanence de capacit\u00e9s en ressources humaines et en moyens mat\u00e9riels pour accomplir leur mission (art. 93).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, les Forces arm\u00e9es et de s\u00e9curit\u00e9 insatisfaites des moyens mis \u00e0 leur disposition par le pouvoir civil, peuvent \u00eatre tent\u00e9es de prendre des responsabilit\u00e9s. Alors que la stabilit\u00e9 d\u00e9mocratique du Mali, requiert la d\u00e9politisation de l\u2019arm\u00e9e et la d\u00e9militarisation de l\u2019administration publique, plusieurs experts craignent en cela un risque de constitutionnalisation des coups d\u2019\u00e9tat au Mali, au cas \u00e9ch\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La l\u00e9gitimit\u00e9 du processus constituant remise en question<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour une large partie des acteurs de la classe politique et sociale du pays, la transition ne devrait pas \u00eatre si ambitieuse en s\u2019int\u00e9ressant ainsi aux grandes r\u00e9formes. Se voulant une p\u00e9riode courte, elle aurait d\u00fb se consacrer \u00e0 l\u2019organisation des \u00e9lections en vue d\u2019un retour rapide \u00e0 l\u2019ordre constitutionnel. Pour bon nombre d\u2019entre eux, un pr\u00e9sident ill\u00e9gitime arriv\u00e9 au pouvoir par un coup d\u2019\u00c9tat ne peut pas engager de grandes r\u00e9formes aussi importantes que l\u2019\u00e9criture d\u2019une nouvelle Constitution. La transition militaire au Mali a cristallis\u00e9 des dissensions internes entre les Maliens autour des trajectoires de la transition. Beaucoup d\u2019acteurs n\u2019ont pas pris part aux travaux des Assises Nationales de la Refondation dont l\u2019une des principales conclusions fut le changement de Constitution. C\u2019est en cela que plusieurs partis et regroupements politiques et des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile fustigent le projet de nouvelle Constitution. D\u2019autres jugeant bien pertinente une r\u00e9forme de la Constitution du 25 f\u00e9vrier 1992, plaident plut\u00f4t pour le maintien de ladite Constitution, mais tout en la r\u00e9visant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Syndicat Libre de la Magistrature (SYLIMA) a exprim\u00e9 son regret par le fait que la Commission charg\u00e9e de finalisation du projet de Constitution n\u2019ait tenu compte que d\u2019un seul point de ses recommandations formul\u00e9es le 27 octobre 2022. C\u2019est ainsi que le SYLIMA a r\u00e9it\u00e9r\u00e9 son souhait d\u2019extirper du projet de Constitution des dispositions relatives \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de la saisine aux citoyens du Conseil sup\u00e9rieur de la Magistrature (art. 136), \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de sa composition au personnel non judiciaire (art. 137), \u00e0 la r\u00e9daction des d\u00e9cisions de justice dans un d\u00e9lai d\u00e9termin\u00e9 (alin\u00e9a 3 de l\u2019article 131), et appeler \u00e0 une v\u00e9ritable s\u00e9paration des pouvoirs. De son c\u00f4t\u00e9, La Ligue Malienne des Imams et Savants pour la Solidarit\u00e9 Islamique (LIMAMA) d\u00e9sapprouve la pr\u00e9sence du principe de la\u00efcit\u00e9 dans le projet de nouvelle Constitution qui semble selon elle, \u00eatre contraire \u00e0 leur religion, et propose que ce principe soit remplac\u00e9 par l\u2019expression&nbsp;<strong><em>\u201c\u00c9tat multiconfessionnel\u201d.<\/em><\/strong>&nbsp;Alors que rien ne pr\u00e9sage dans ce projet que la la\u00efcit\u00e9 s\u2019oppose \u00e0 la religion musulmane. Bien au contraire, le projet pr\u00e9cise explicitement que la la\u00efcit\u00e9 ne s\u2019oppose pas \u00e0 la religion et aux croyances et a pour objectif de promouvoir et de conforter le vivre-ensemble (art. 32).&nbsp; Quant aux groupes signataires de l\u2019accord d\u2019Alger, ceux-ci s\u2019opposent \u00e9galement au projet de nouvelle Constitution en ce qu\u2019il ne refl\u00e8te pas les engagements en mati\u00e8re de d\u00e9centralisation du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9ficit de consensus entre les forces vives de la nation autour de la gestion de la transition, n\u2019est pas favorable \u00e0 un tel projet de nouvelle Constitution. Toutefois, sauf changement de derni\u00e8re minute, le projet sera soumis \u00e0 r\u00e9f\u00e9rendum.&nbsp; A cet \u00e9gard, l\u2019instabilit\u00e9 s\u00e9curitaire dans le pays emp\u00eachera probablement certains \u00e9lecteurs de participer au r\u00e9f\u00e9rendum, ce qui pourrait exacerber encore un peu plus les critiques \u00e0 l\u2019encontre du manque de l\u00e9gitimit\u00e9 du processus constituant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr. Fousseyni Doumbia est Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences en Droit Public et Droit Constitutionnel \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako. Outre ses activit\u00e9s d\u2019enseignant-chercheur, Pr. Fousseyni Doumbia travaille \u00e9galement comme expert international sur les questions de gouvernance et de r\u00e9forme constitutionnelle en Afrique centrale et de l\u2019Ouest.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre de la transition politique initi\u00e9e suite au coup d\u2019\u00c9tat militaire du 18 ao\u00fbt 2020, le gouvernement de transition du Mali a entam\u00e9 un processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13034,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[19,55,21],"tags":[],"class_list":["post-13032","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-aujourdhui-mali","category-contributions","category-societe"],"jetpack_publicize_connections":[],"featured_image_urls":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","penci-recipe-1200x1200":"","penci-recipe-1200x900":"","penci-recipe-1200x675":"","penci-single-full":"","penci-slider-full-thumb":"","penci-full-thumb":"","penci-slider-thumb":"","penci-magazine-slider":"","penci-thumb":"","penci-masonry-thumb":"","penci-thumb-square":"","penci-thumb-vertical":"","penci-thumb-small":""},"author_info":{"display_name":"Nandi","author_link":"https:\/\/nandi.info\/?author=1"},"category_info":"<a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=19\" rel=\"category\">Aujourd\u2019hui Mali<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=55\" rel=\"category\">Contributions<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=21\" rel=\"category\">Soci\u00e9t\u00e9<\/a>","tag_info":"Soci\u00e9t\u00e9","comment_count":"0","jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13032"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13032\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}