{"id":12781,"date":"2023-04-08T08:48:44","date_gmt":"2023-04-08T06:48:44","guid":{"rendered":"https:\/\/nandi.info\/?p=12781"},"modified":"2023-04-08T08:48:44","modified_gmt":"2023-04-08T06:48:44","slug":"apotheose-du-8-mars-zoom-sur-mahi-traore-la-premiere-femme-noire-proviseure-dans-un-lycee-parisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nandi.info\/?p=12781","title":{"rendered":"Apoth\u00e9ose du 8 mars : Zoom sur Mahi Traor\u00e9, la premi\u00e8re femme noire proviseure dans un lyc\u00e9e parisien"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Dans le cadre de la c\u00e9l\u00e9bration de la femme \u00e0 travers la Journ\u00e9e du 8 mars, la r\u00e9daction de votre hebdomadaire a d\u00e9cid\u00e9 de poser ses projecteurs sur Mahi Traor\u00e9, une Franco-Malienne qui suscite admiration et respect. Celle qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la premi\u00e8re femme noire proviseure dans un lyc\u00e9e de l\u2019hexagone, se distingue par plusieurs autres particularit\u00e9s : l\u2019optimisme, le courage, la bravoure, l\u2019abn\u00e9gation etc.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Mahi Traor\u00e9, 50 ans, est avant tout une femme libre. Entr\u00e9e \u00e0 la Sorbonne en 1994, apr\u00e8s une enfance pass\u00e9e \u00e0 Clichy-la-Garenne puis \u00e0 Bamako o\u00f9 elle est n\u00e9e, elle est aujourd\u2019hui proviseure dans un lyc\u00e9e parisien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u201cJ\u2019adore ce m\u00e9tier, je kiffe\u201d<\/strong>, confie Mahi Traor\u00e9 au m\u00e9dia fran\u00e7ais Journal du dimanche.&nbsp; Pourtant, pour en arriver l\u00e0, cette Fran\u00e7aise d\u2019origine malienne a d\u00fb passer par des chemins parfois ardus. C\u2019est au lyc\u00e9e polyvalent Lucas-de-Nehou qu\u2019exerce Mahi Traor\u00e9, dans le 5e arrondissement de Paris. Arriv\u00e9e \u00e0 18 ans dans la capitale fran\u00e7aise, apr\u00e8s avoir grandi entre la France et Bamako, elle se souvient de ses ann\u00e9es \u00e0 la Sorbonne comme d\u2019une prise de conscience, celle de sa&nbsp;<strong>\u201cn\u00e9gritude\u201d<\/strong>, comme elle la d\u00e9finit en \u00e0 L\u2019Obs,&nbsp;<em>\u201cpour reprendre le mot forg\u00e9 par Aim\u00e9 C\u00e9saire et L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor\u201d.<\/em>&nbsp;Elle t\u00e9moigne de sa stupeur lors de sa premi\u00e8re rentr\u00e9e, devant les centaines de visages blancs :&nbsp;<em>\u201cPour la premi\u00e8re fois, je me suis vue noire\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se souvient \u00e9galement des&nbsp;<em>\u201cmises \u00e0 l\u2019\u00e9cart tacites\u201d<\/em>&nbsp;dont elle est victime \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0. Poliment, pudiquement, on lui refuse les entr\u00e9es des syndicats et associations \u00e9tudiantes, on l\u2019exclut des cercles de conversation et lui fait comprendre que, si elle a r\u00e9ussi \u00e0 en arriver l\u00e0, elle n\u2019a pourtant pas vraiment sa place parmi les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes du Quartier Latin. Mais Mahi Traor\u00e9 n\u2019en d\u00e9mord pas. Celle qui voulait devenir la&nbsp;<em>\u201cAnne Sinclair du Mali, bousculer [ses] interlocuteurs en direct (\u2026), les pousser dans leurs retranchements\u201d<\/em>&nbsp;abandonnera finalement le journalisme et la radio pour l\u2019Education nationale, un syst\u00e8me qu\u2019elle d\u00e9finit comme&nbsp;<em>\u201cl\u2019un des meilleurs au monde\u201d<\/em>&nbsp;au JDD. D\u2019abord surveillante en zone prioritaire, professeure contractuelle, conseill\u00e8re principale d\u2019\u00e9ducation puis proviseure, ce sont aujourd\u2019hui ses \u00e9l\u00e8ves qu\u2019elle pousse dans leurs retranchements avec un objectif en t\u00eate : les pousser \u00e0 se d\u00e9passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle d\u00e9bute en tant que CPE, elle est accueillie par une proviseure incr\u00e9dule lui demandant ses papiers.&nbsp;<em>\u201cFaites-moi 50 photocopies\u201d<\/em>, lui ass\u00e8ne une professeure de classe pr\u00e9paratoire, la prenant pour la secr\u00e9taire du lyc\u00e9e o\u00f9 elle arrive en tant que proviseure adjointe. Des&nbsp;<em>\u201cmicro-agressions\u201d<\/em>&nbsp;comme celles-ci, Mahi Traor\u00e9 en a v\u00e9cu des dizaines, peut-\u00eatre m\u00eame des centaines. Elle les pointe du doigt comme le ciment d\u2019un racisme d\u00e9complex\u00e9, face auquel elle exprime&nbsp;<em>\u201ccol\u00e8re et lassitude\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la quinquag\u00e9naire garde un ton l\u00e9ger. Chaque fois qu\u2019on lui ass\u00e8ne la fameuse question sur son origine, celle-ci r\u00e9pond dans un sourire :&nbsp;<em>\u201cJe suis Su\u00e9doise\u201d<\/em>. De quoi d\u00e9sarmer la curiosit\u00e9 mal plac\u00e9e de certains et certaines. Je suis noire mais je ne me plains pas, j\u2019aurais pu \u00eatre une femme, le titre de son livre, regorge lui-m\u00eame d\u2019ironie face \u00e0 sa situation que pourtant, elle d\u00e9crit par la m\u00e9taphore de l\u2019historien et d\u00e9sormais ministre fran\u00e7ais de l\u2019Education Pap Ndiaye, le&nbsp;<em>\u201csupplice de la goutte d\u2019eau\u201d<\/em>.&nbsp;<em>\u201cUne fois \u00e7a va, mille fois c\u2019est insupportable\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, si elle n\u2019a plus toujours la force de d\u00e9loger les malveillants qui remettent en cause son parcours, Mahi Traor\u00e9 d\u00e9fend envers et contre tous ses \u00e9l\u00e8ves :&nbsp;<em>\u201cLes haineux, tant pis pour eux, ils n\u2019emp\u00eacheront pas mon enthousiasme : je n\u2019ai pas le temps pour ce qui est nocif. Mais des enfants beaucoup moins ancr\u00e9s qui entendent \u00e7a ! Comment se le prennent-ils en pleine face, qu\u2019est-ce qu\u2019ils en font ? Parfois, \u00e7a donne envie de hurler\u201d.<\/em>&nbsp;Mais pour l\u2019ambitieuse, le plus beau reste \u00e0 venir. Elle r\u00eave de revenir un jour \u00e0 Bamako pour y fonder une \u00e9cole,&nbsp;<em>\u201clib\u00e9r\u00e9e du double boulet de l\u2019identit\u00e9 et du genre\u201d.<\/em>&nbsp;Forc\u00e9ment un mod\u00e8le de grandeur d\u2019esprit \u00e0 suivre pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Edjona Segbedji<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre de la c\u00e9l\u00e9bration de la femme \u00e0 travers la Journ\u00e9e du 8 mars, la r\u00e9daction de votre hebdomadaire a d\u00e9cid\u00e9 de poser ses projecteurs sur Mahi Traor\u00e9,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12783,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[19,21],"tags":[],"class_list":["post-12781","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-aujourdhui-mali","category-societe"],"jetpack_publicize_connections":[],"featured_image_urls":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","penci-recipe-1200x1200":"","penci-recipe-1200x900":"","penci-recipe-1200x675":"","penci-single-full":"","penci-slider-full-thumb":"","penci-full-thumb":"","penci-slider-thumb":"","penci-magazine-slider":"","penci-thumb":"","penci-masonry-thumb":"","penci-thumb-square":"","penci-thumb-vertical":"","penci-thumb-small":""},"author_info":{"display_name":"Nandi","author_link":"https:\/\/nandi.info\/?author=1"},"category_info":"<a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=19\" rel=\"category\">Aujourd\u2019hui Mali<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=21\" rel=\"category\">Soci\u00e9t\u00e9<\/a>","tag_info":"Soci\u00e9t\u00e9","comment_count":"0","jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12781"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12781\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}