{"id":12103,"date":"2023-03-05T12:56:35","date_gmt":"2023-03-05T11:56:35","guid":{"rendered":"https:\/\/nandi.info\/?p=12103"},"modified":"2023-03-05T12:56:35","modified_gmt":"2023-03-05T11:56:35","slug":"28-fevrier-1978-28-fevrier-2023-il-y-a-45-ans-le-cmln-volait-en-eclats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nandi.info\/?p=12103","title":{"rendered":"28 F\u00e9vrier 1978-28 F\u00e9vrier 2023 : Il y a 45 ans le CMLN volait en \u00e9clats"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Cela fait 45 ans que Bamako vibrait sous l\u2019orage qui a secou\u00e9 le Comit\u00e9 militaire de lib\u00e9ration nationale (CMLN, la junte au pouvoir depuis la chute du p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance le 19 novembre 1968), avec l\u2019arrestation de la bande des quatre : les lieutenants colonels Kissima Doukara, puissant ministre de la D\u00e9fense, de l\u2019Int\u00e9rieur et de la S\u00e9curit\u00e9, Ti\u00e9coro Bagayoko, directeur g\u00e9n\u00e9ral des services de s\u00e9curit\u00e9, Karim Demb\u00e9l\u00e9, ministre des Transports et des Travaux publics, le colonel Charles Samba Sissoko, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et de la Coop\u00e9ration internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2020 nous nous sommes rem\u00e9mor\u00e9 ces \u00e9v\u00e9nements, tout en parlant des grandes lignes du proc\u00e8s qui a scell\u00e9 leur sort, avec comme minist\u00e8re public Alassane B\u00e8ye. L\u2019article avait suscit\u00e9 beaucoup de r\u00e9actions. A l\u00b4instar du directeur de publication, nous avons re\u00e7u de nombreux coups de fil de f\u00e9licitations. Tous les enfants de l\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral ont appel\u00e9 pour saluer le travail qu\u2019ils ont jug\u00e9 professionnel et impartial.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft\" id=\"attachment_3013521\"><a href=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Karim-Dembele.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Karim-Dembele.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3013521\"\/><\/a><figcaption>Karim Dembele<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s jeune en son temps votre serviteur a v\u00e9cu ces \u00e9v\u00e9nements pour avoir accompagn\u00e9 ses a\u00een\u00e9s au si\u00e8ge du CMLN o\u00f9 une motion de soutien de la population confortait le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 dans sa nouvelle posture de chef incontest\u00e9. Aujourd\u2019hui nous revenons sur ce 28 f\u00e9vrier 1978, sous une autre forme, c\u2019est \u00e0 dire : le coup d\u2019Etat de 1968, les raisons avanc\u00e9es par le CMLN, ses promesses non tenues, les motifs du non-retour des militaires dans les casernes, la bande des trois, la r\u00e9union du 6 janvier 1978, la promptitude du pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9.&nbsp; A travers les diff\u00e9rents t\u00e9moignages, de certains acteurs des diff\u00e9rents \u00e9v\u00e8nements, &nbsp;dans le cadre de \u00ab&nbsp; Regard sur le Pass\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 19 novembre 1968, le peuple malien apprend sur les ondes de Radio Mali que les militaires ont renvers\u00e9 le r\u00e9gime socialiste du pr\u00e9sident Modibo K\u00e9ita. De retour d\u2019un p\u00e9riple au nord, son convoi est stopp\u00e9 sur la route de Koulikoro. Le p\u00e8re de l\u00b4ind\u00e9pendance est mis aux arr\u00eats par des officiers et sous-officiers de son arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00f4t le matin, les militaires prirent le soin d\u00b4an\u00e9antir simultan\u00e9ment le chef d\u2019Etat-major de l\u00b4arm\u00e9e, le ministre de la D\u00e9fense et l\u00b4\u00e9tat-major de la milice. Qu\u2019est-ce qui pouvait expliquer cette intrusion de la Grande muette ? Certes, la population \u00e9tait exacerb\u00e9e par les agissements de certains miliciens, mieux le parti PSP dig\u00e9rait mal l\u00b4incarc\u00e9ration, la d\u00e9portation et la disparition de ses t\u00e9nors : Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum dit Marabaka Kassoum. Ces griefs suffisaient-ils pour motiver le coup d\u2019Etat ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignright\" id=\"attachment_3013527\"><a href=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Kissima-Sylla.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Kissima-Sylla.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3013527\"\/><\/a><figcaption>Kissima Doucoura<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les militaires justifient leur acte par l\u00b4\u00e9chec du r\u00e9gime de l\u00b4US-RDA. L\u00b4un des instigateurs des \u00e9v\u00e9nements du 19 novembre 1968, le colonel Youssouf Traor\u00e9 lors de son passage dans la rubrique \u00ab&nbsp;Que sont -ils devenus&nbsp;? \u00bb a fourni un document intitul\u00e9 \u201c<em>Pourquoi le r\u00e9gime de l\u00b4US-RDA a lamentablement \u00e9chou\u00e9 ?\u201d.&nbsp;<\/em>Lequel pamphlet d\u00e9taille en sa page 4 les quatre erreurs fatales du pouvoir central. Nous les publions en int\u00e9gralit\u00e9<em>&nbsp;: \u201d \u00ab&nbsp;La psychose d\u00b4un coup d\u2019Etat, comme ce fut le cas au Ghana en 1966, engendra une grande fuite en avant dont les cons\u00e9quences dramatiques furent :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La cr\u00e9ation d\u00b4une milice dite populaire sous l\u00b4autorit\u00e9 de Koulouba, fer de lance de la r\u00e9volution. Par son comportement ind\u00e9cent, elle fut un catalyseur du d\u00e9veloppement des contradictions sociales ayant abouti aux \u00e9v\u00e9nements du 19 Novembre 1968.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>2) Le coup d\u00b4Etat civil contre les institutions et le parti US-RDA<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ainsi les organes dirigeants de toutes les sections du parti furent ill\u00e9galement dissouts et remplac\u00e9s par les comit\u00e9s locaux de d\u00e9fense de la r\u00e9volution. Au niveau national le bureau politique national de l\u2019US-RDA fut dissout et remplac\u00e9 sans congr\u00e8s par un Comit\u00e9 national de d\u00e9fense de la r\u00e9volution. A l\u00b4Assembl\u00e9e nationale, le bureau fut ill\u00e9galement dissout et remplac\u00e9 par une Commission l\u00e9gislative pr\u00e9sid\u00e9e par Mamadou Diarrah de Koulikoro. Mahamane Alassane Ha\u00efdara, pr\u00e9sident de l\u00b4institution fut destitu\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u00b4Op\u00e9ration Taxi.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft\" id=\"attachment_3013539\"><a href=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Tiecoro-Bagayoko.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.maliweb.net\/wp-content\/news\/images\/2023\/03\/Tiecoro-Bagayoko.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3013539\"\/><\/a><figcaption>Tiecoro Bagayoko<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Con\u00e7ue et r\u00e9alis\u00e9e en vue de moraliser la vie politico-\u00e9conomique, elle ne put paradoxalement r\u00e9sister \u00e0 la cupidit\u00e9 et au banditisme des miliciens gardiens de la r\u00e9volution. En moins d\u00b4un an, tous les v\u00e9hicules saisis en parfait \u00e9tat de marche (plus d\u2019un millier) appartenant aux cadres politiques et administratifs, furent totalement d\u00e9pouill\u00e9s de tous leurs organes essentiels d\u00e9montables (roues, batteries, moteurs, phares, etc.) par les miliciens et vendus au march\u00e9 noir.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le 19 novembre 1968, mis devant les faits accomplis, le CMLN h\u00e9rita, dans la capitale et toutes les r\u00e9gions, non pas de parcs de v\u00e9hicules, mais de vulgaires carcasses sans aucune valeur marchande. En conclusion, l\u00b4on peut donc affirmer sans aucun risque de se tromper que l\u00b4op\u00e9ration taxi \u00e9choua lamentablement, aucun de ses objectifs n\u00b4ayant \u00e9t\u00e9 atteint. La milice et ses dirigeants furent les seuls \u00e0 profiter de l\u00b4op\u00e9ration au d\u00e9triment du Tr\u00e9sor public et des cadres honn\u00eates.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les obs\u00e8ques du Franc malien : proclam\u00e9, attribut de souverainet\u00e9 nationale, par le pr\u00e9sident Modibo K\u00e9ita pour motiver sa cr\u00e9ation, la courte histoire du Franc malien fut \u00e9crite d\u00e8s le d\u00e9part par des arrestations, un tribunal populaire ill\u00e9gal, des condamnations arbitraires avant de se terminer dans les dunes de sable au nord du Mali par la liquidation physique des opposants par un peloton d\u00b4ex\u00e9cution. Con\u00e7ue et cr\u00e9\u00e9 pour le bonheur du peuple malien, a-t-on dit, il contribua d\u00e8s sa naissance \u00e0 le diviser et \u00e0 assassiner<\/em>&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Aujourd\u2019hui avec le recul du temps, l\u00b4on est en droit de se demander au moment de la signature des accords franco-maliens de f\u00e9vrier et d\u00e9cembre 1967, quels sentiments animaient les dirigeants du Mali face \u00e0 une situation \u00e9conomique sans aucun ressort et une monnaie agonisante ? Sans nul doute, ils avaient face \u00e0 la pression du gouvernement fran\u00e7ais, le dos au mur (Bolibana).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En v\u00e9rit\u00e9, les b\u00e2tisseurs du socialisme scientifique de l\u00b4US-RDA avaient lamentablement \u00e9chou\u00e9 dans tous les domaines. En tirant courageusement toutes les le\u00e7ons des groupes d\u00b4\u00e9tudes communistes affili\u00e9s \u00e0 Moscou, auraient d\u00fb simplement d\u00e9missionner et accepter le retour \u00e0 une vie constitutionnelle normale. Parce que le r\u00e9gime \u00e9tait anticonstitutionnel&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour manifester leur bonne foi et rejeter d\u00b4un revers de la main toute pr\u00e9tention \u00e0 s\u2019\u00e9terniser au pouvoir, les membres du CMLN promettent au bout de six mois leur retour dans les casernes apr\u00e8s des \u00e9lections libres et transparentes. Une telle promesse ne pouvait que rassurer la population et la communaut\u00e9 internationale. Mais ils sont rest\u00e9s au pouvoir pour de bon. Les raisons ?<\/p>\n\n\n\n<p>Selon feu le colonel Youssouf Traor\u00e9, les nouveaux ma\u00eetres du pays se sont rendu compte de beaucoup de choses par rapport \u00e0 la situation du pays, notamment l\u00b4agitation des cadres de l\u00b4US-RDA. Le CMLN ne pouvait pas r\u00e9aliser un tel projet et laisser le pays entre les mains des opposants qui pouvaient se retourner contre eux.&nbsp; Autre \u00e9quation \u00e0 r\u00e9soudre, la dissidence de certains compagnons d\u00b4arme. Il fallait aussi se m\u00e9fier et prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux les r\u00e9unions clandestines, des tracts des cadres de l\u00b4US-RDA.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, d\u00b4autres militaires ont conclu que le coup d\u00b4Etat n\u2019avait pas son sens. Ils ont manifest\u00e9 leur d\u00e9sapprobation sous forme de revendications, avant de planifier une action similaire. Le CMLN frappe fort pour se faire entendre non seulement dans l\u00b4arm\u00e9e, mais aussi en son sein. Une situation qui renforce leurs liens avec des t\u00e9nors comme Ti\u00e9coro Bagayoko, Kissima Doukara et Karim Demb\u00e9l\u00e9. Un quatri\u00e8me Charles Samba Sissoko, semblait \u00eatre proche du pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 qui se confiait \u00e0 lui. Les deux hommes sont pratiquement de vrais amis. Moussa Traor\u00e9 sachant bien que Charles Samba est le chef de la garde pr\u00e9sidentielle, lui a d\u00e9voil\u00e9 le projet de coup d\u00b4Etat. Celui-ci plong\u00e9 dans une situation inconfortable n\u00b4a pas d\u00e9nonc\u00e9 Moussa, il ne peut non plus l\u00e2cher le pr\u00e9sident Modibo K\u00e9ita. Il a donc demand\u00e9 une mutation pour Tessalit. En un mot les deux officiers avaient des liens forts.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant que le retour dans les casernes n\u00b4est plus \u00e0 l\u00b4ordre du jour, des partisans de cette promesse non tenue, les dissidents dans l\u00b4arm\u00e9e sont neutralis\u00e9s, la junte se renforce. Le pouvoir rend fort certains membres du CMLN, \u00e0 telle enseigne qu\u00b4un bloc se forme autour du puissant ministre de la D\u00e9fense Kissima Doukara. Lequel en plus de son cercle restreint parmi les officiers sup\u00e9rieurs, avait comme acolytes Ti\u00e9coro Bagayoko et Karim Demb\u00e9l\u00e9. Pour ne rien arranger, il se trouve aussi que le chef d\u2019Etat-major adjoint de la gendarmerie et le commandant de la Compagnie Para \u00e9taient des amis de Ti\u00e9coro.<\/p>\n\n\n\n<p>De tels clans par ci par l\u00e0 influent logiquement sur la gestion du pouvoir. Pour la simple raison que chacun de son c\u00f4t\u00e9 cherche toujours \u00e0 rester au sommet. Et comment se maintenir demeure la probl\u00e9matique quotidienne, avec des dispositions th\u00e9oriques qui finissent par se transformer en acte concret. Alors face \u00e0 un tel scenario, c\u00b4est bonjour les cons\u00e9quences. Bref des petits incidents de parcours, devenus par la force des choses de vrais probl\u00e8mes, polluent l\u2019atmosph\u00e8re au sein du CMLN.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le tour de force du 6 janvier 1978<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00b4affaire de construction d\u00b4une usine dont les responsables de la Firme ont directement contact\u00e9 Kissima Doukara, les tracts contre le pr\u00e9sident Moussa et apport\u00e9s par le chef d\u00b4Etat-major adjoint de la gendarmerie, d\u00e9t\u00e9riorent les relations entre les membres de la junte. Le chef de l\u00b4Etat qui s\u2019est senti affaibli projette un remaniement de gouvernement avec la ferme intention de d\u00e9barquer Kissima Doukara pour le placer au d\u00e9partement des Transports, et dont le titulaire Karim Demb\u00e9l\u00e9 irait aux Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela est tout \u00e0 fait logique. Sauf que toutes les d\u00e9cisions du CMLN \u00e9taient toujours discut\u00e9es en amont avant la r\u00e9union proprement dite. Cela n\u00b4a pas \u00e9t\u00e9 le cas pour celle de ce 6 janvier 1978. Parce que le pr\u00e9sident avait sa m\u00e9thode, et il a commis l\u00b4erreur d\u00b4informer Charles Samba Sissoko. Celui-ci rapporte la nouvelle \u00e0 Ti\u00e9coro et Kissima. Face \u00e0 cette nouvelle donne ces deux sont sur la d\u00e9fensive, et ils instruisent au commandant de la Compagnie Para de prendre des dispositions pour parer \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9. Alors probl\u00e8me !<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 \u00e9choue au cours de la r\u00e9union \u00e0 imposer son diktat pour le remaniement m\u00fbri, il se rend compte du dispositif s\u00e9curitaire improvis\u00e9 par le directeur g\u00e9n\u00e9ral des services de s\u00e9curit\u00e9, et apprend aussi que Charles Samba Sissoko a rapport\u00e9 ses propos aux deux amis ins\u00e9parables. D\u00e8s lors, un climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re r\u00e8gne au sein du CMLN, o\u00f9 le rapport de force pouvait avoir son pesant d\u2019or d\u00b4un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u00b4autre. C\u00b4est dans cette atmosph\u00e8re de m\u00e9fiance que le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 passe \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure, au motif que ses compagnons envisagent un coup d\u00b4Etat le 3 mars 1978.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique avec son complice du jour le colonel Youssouf Traor\u00e9, le lundi 27 f\u00e9vrier aux environs de 22 h, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de neutraliser la bande des trois. Ainsi le mardi 28 f\u00e9vrier une strat\u00e9gie est mise en place : le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 convoque au si\u00e8ge du CMLN les t\u00eates pensantes, pour des besoins d\u00b4urgence. A tour de r\u00f4le Ti\u00e9coro, Kissima, Soungalo Samak\u00e9 de la compagnie Para, sont arr\u00eat\u00e9s et ligot\u00e9s par des jeunes soldats dirig\u00e9s par le colonel Youssouf Traor\u00e9. Ce fut la purge au sein de l\u00b4arm\u00e9e. Le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 a analys\u00e9 les tenants et les aboutissants de sa promptitude. C\u00b4est pourquoi il a agi sans \u00e9tat d\u00b4\u00e2me, en arr\u00eatant tous les pr\u00e9sum\u00e9s complices avant la fin de la journ\u00e9e. Au terme de la neutralisation des t\u00e9nors le colonel Youssouf passe le reste de la journ\u00e9e au Camp Para de Djicoroni pour installer le capitaine Amadou Toumani Tour\u00e9 comme commandant de Compagnie des b\u00e9rets rouges.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain le chauffeur de Karim Demb\u00e9l\u00e9 apporte une valisette \u00e0 ATT, qui contenait beaucoup d\u2019argent. Le jeune capitaine s\u2019en va directement remettre le colis au pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9. Tr\u00e8s surpris et content de l\u2019attitude du tout nouveau commandant de Compagnie, il lui serre la main et dit ceci \u201ctu iras loin\u201d. Effectivement ATT a marqu\u00e9 l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette valisette qui sera publi\u00e9e dans le quotidien national L\u2019Essor comme argent d\u00e9tourn\u00e9 par Karim. En r\u00e9alit\u00e9 l\u2019ex ministre des Transports en d\u00e9placement en C\u00f4te d\u2019Ivoire a re\u00e7u la somme d\u2019argent pour la remettre \u00e0 un grand commer\u00e7ant de la place, de la part de ses fr\u00e8res install\u00e9s \u00e0 Abidjan. Avec le week-end il n\u2019a pas pu entrer en contact avec ledit op\u00e9rateur \u00e9conomique. Entre temps la situation a bascul\u00e9 dans le mauvais sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles Samba Sissoko en mission \u00e9tait le seul rescap\u00e9 le 28 f\u00e9vrier. A son retour, il est cueilli \u00e0 froid au bureau par le colonel Youssouf le 8 mars 1978.&nbsp; Que de t\u00f4l\u00e9 dans la capitale ! L\u2019arrestation des Ti\u00e9coro Bagayoko, Kissima Doukara, Karim Demb\u00e9l\u00e9, Soungalo Samak\u00e9, les diff\u00e9rents commissaires de police, et autres officiers a fait l\u2019objet de beaucoup de commentaires \u00e0 Bamako. En plus des images du journal L\u2019Essor, tout le monde est rest\u00e9 coll\u00e9 au transistor pour \u00e9couter le discours m\u00e9morable du pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9 sur l\u2019action qu\u2019il venait de mettre en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait aller tr\u00e8s vite pour achever ses adversaires, et imm\u00e9diatement les interrogatoires muscl\u00e9s d\u00b4une Commission d\u2019enqu\u00eate commenc\u00e8rent.&nbsp; Accus\u00e9s de haute trahison, de divulgation de secret d\u2019Etat, de mensonges et sp\u00e9culations Ti\u00e9coro, Kissima, et Karim Demb\u00e9l\u00e9 sont jug\u00e9s par la Cour sp\u00e9ciale de suret\u00e9 de l\u2019Etat du 18 au 22 octobre 1978. Les deux premiers \u00e9copent de la peine de mort, et le troisi\u00e8me prend vingt ans de travaux forc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs complices sont condamn\u00e9s \u00e0 des peines de 15 ans \u00e0 6 mois selon le degr\u00e9 de complicit\u00e9. La rupture est consomm\u00e9e entre des fr\u00e8res d\u2019armes, qui ont \u00e9t\u00e9 pourtant en un moment des compagnons, voire des complices. H\u00e9las ! La passion, la soif du pouvoir ont d\u00e9pass\u00e9 la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rentes victimes que nous avons rencontr\u00e9es dans le cadre de la rubrique \u201cQue sont-ils devenus ?\u201d ont tous ni\u00e9 les faits. Ils avouent avoir pardonn\u00e9 au pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9, qui, selon eux, s\u2019est tromp\u00e9 et s\u2019est laiss\u00e9 tromper par son entourage et les rumeurs. Ce qui est \u00e9vident cette journ\u00e9e sombre du 28 f\u00e9vrier 1978 a d\u00e9glingu\u00e9 des familles, g\u00e2ch\u00e9 l\u2019avenir des enfants de certains officiers arr\u00eat\u00e9s. Ces \u00e9v\u00e9nements constituent une page sombre de l\u2019histoire de notre pays. Ils sont regrettables pour avoir provoqu\u00e9 des cicatrices ind\u00e9l\u00e9biles.<\/p>\n\n\n\n<p>De son vivant, nous avions tout fait pour rencontrer le pr\u00e9sident Moussa Traor\u00e9, afin d\u2019avoir sa version des \u00e9v\u00e9nements qui ont marqu\u00e9s ses vingt-trois ans de r\u00e8gne. Pour la circonstance un courrier fut d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 son domicile pour une interview. En vain.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les t\u00e9nors du CMLN d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Taoud\u00e9ni, seul Karim Demb\u00e9l\u00e9 et Charles Samba Sissoko sont revenus. Ti\u00e9coro Bagayoko et Kissima Doukara sont morts sur le sable, sous le poids de la torture, de la malnutrition, et des mauvaises conditions de vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O. Roger<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>T\u00e9l (00223) 63 88 24 23<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait 45 ans que Bamako vibrait sous l\u2019orage qui a secou\u00e9 le Comit\u00e9 militaire de lib\u00e9ration nationale (CMLN, la junte au pouvoir depuis la chute du p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12106,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[19,117,23],"tags":[],"class_list":["post-12103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-aujourdhui-mali","category-histoire","category-politique"],"jetpack_publicize_connections":[],"featured_image_urls":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","penci-recipe-1200x1200":"","penci-recipe-1200x900":"","penci-recipe-1200x675":"","penci-single-full":"","penci-slider-full-thumb":"","penci-full-thumb":"","penci-slider-thumb":"","penci-magazine-slider":"","penci-thumb":"","penci-masonry-thumb":"","penci-thumb-square":"","penci-thumb-vertical":"","penci-thumb-small":""},"author_info":{"display_name":"Nandi","author_link":"https:\/\/nandi.info\/?author=1"},"category_info":"<a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=19\" rel=\"category\">Aujourd\u2019hui Mali<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=117\" rel=\"category\">Histoire<\/a> <a href=\"https:\/\/nandi.info\/?cat=23\" rel=\"category\">Politique<\/a>","tag_info":"Politique","comment_count":"0","jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12103"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12103\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nandi.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}